Mulcair pour le NPD

Pierre Jury
Le Droit

Demain, le Nouveau Parti démocratique choisira le successeur de Jack Layton. La course à neuf, puis à huit, puis à sept candidats, a duré six mois mais malgré les efforts du parti, elle n'a pas suscité grand intérêt au sein de la population canadienne. Pourtant, ce n'est pas par manque d'enjeux : de fait, pour la première fois de son histoire, le NPD cogne à la porte du 24 Sussex. Son prochain chef pourrait légitimement se retrouver à la barre du pays lors de la prochaine élection, prévue à l'automne 2015.

Le NPD n'a jamais formé le gouvernement. Mais il n'en a pas moins été pertinent et a souvent joué, à titre de troisième parti en importance au Canada, un rôle d'influence. Après l'époque Ed Broadbent, le NPD a connu des années de vaches maigres et la bonhomie de Jack Layton a porté le parti vers une performance historique le 2 mai 2011. Le NPD a franchi un mur psychologique au Québec, raflant 59 des 75 sièges. À la Chambre des communes, fort de 102 députés, le NPD forme aujourd'hui l'opposition officielle.

C'est dans ce contexte bien précis que le parti qui incarne traditionnellement la gauche au Canada doit se choisir un nouveau chef, à la suite du décès trop rapide de Jack Layton, en août dernier.

LeDroit adhère au principe que le chef de l'État canadien doit être bilingue. De cela découle le corollaire que les chefs de tous les grands partis doivent l'être également. Cela a pour effet d'écarter d'emblée le candidat Paul Dewar, dont les autres qualités sont remarquables. S'il désire jouer le plein rôle auquel son talent le promet, il ne devrait d'ailleurs pas lésiner ses efforts d'apprentissage du français.

Les autres candidats sont bilingues mais trois ressortent vraiment du lot. Ce sont Thomas Mulcair, Peggy Nash et Brian Topp.

Thomas Mulcair apparaît comme le plus solide du trio. Il a une longue carrière politique derrière lui ; il a occupé le rôle de ministre pendant plusieurs années, à titre de responsable de l'Environnement, au Québec ; il a d'ailleurs été le premier à gagner une circonscription québécoise pour le NPD lors d'une élection générale. Parfaitement bilingue, il jouit d'une image favorable et est vif dans les échanges. Ce dernier atout lui sera particulièrement utile en Chambre, lorsqu'il croisera le fer avec Stephen Harper, dont les flèches sont acérées.

Le NPD a d'ailleurs « perdu » six mois de travaux parlementaires pendant que plusieurs de ses têtes d'affiche étaient occupées à leurs courses respectives à la succession de M. Layton. Les lacunes de leadership de la chef intérimaire Nycole Turmel, la députée de Hull-Aylmer, ont servi à illustrer le besoin pour les partis d'opposition de compter sur une voix forte comme chef. Cela ne joue pas non plus en faveur de Brian Topp, un solide néo-démocrate qui n'a cependant jamais siégé comme parlementaire et qui n'a pu se démarquer pendant la course au leadership. Il demeure un trop gros point d'interrogation.

Évidemment, nul n'est un candidat idéal et Thomas Mulcair a ses lacunes. On le dit abrasif. Il a mis sa carrière à l'avant davantage que ses idées. Lorsqu'il a quitté la politique québécoise, tous les grands partis fédéraux l'ont approché, prouvant par là que son idéologie pouvait être perçue comme flexible, maniable. Cela explique que les orthodoxes du NPD, comme M. Broadbent, mettent en doute ses convictions de gauche et craignent qu'au nom d'un certain électoralisme, M. Mulcair délaisse des principes de justice sociale en entraînant le NPD vers le centre. Ce risque est bien réel. Mais si M. Mulcair devait glisser au centre, ce sera parce que la perspective d'une victoire électorale y est plus nette.

Le NPD doit choisir. S'il est las de toujours n'être qu'un parti d'opposition, et s'il aspire à exercer le pouvoir en 2015 ou plus tard, Thomas Mulcair est son homme. Avec un autre chef, il risque bien de redevenir le troisième parti qu'il a toujours été. Le NPD aura alors raté une occasion unique qui s'offre à lui et la vague orange n'aura été qu'un bref souvenir.

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