Dewar paie le prix

Pierre Jury
Le Droit

Le Nouveau Parti démocratique se choisira un chef dans un peu moins d'un mois. Sept candidats demeurent dans la course : Niki Ashton, Nathan Cullen, Paul Dewar, Thomas Mulcair, Peggy Nash, Martin Singh et Brian Topp. Du lot, Paul Dewar est celui qui a le plus de difficulté à s'exprimer en français. Ses contacts avec les francophones demeurent si laborieux et hésitant qu'il est inconcevable qu'il devienne chef.

Le NPD a eu quelques chefs unilingues dans son histoire mais le bilinguisme des chefs de partis figure aujourd'hui parmi les compétences essentielles pour diriger un parti d'envergure nationale. Il ne fait aucun doute que le NPD est un parti d'envergure nationale, et, s'il a longtemps été considéré comme le troisième parti compte tenu de ses faibles résultats dans les élections passées, ce n'est plus le cas aujourd'hui. En élisant 59 députés au Québec, le NPD s'est donné une base vraiment nationale et peut légitimement aspirer à former le prochain gouvernement du Canada, lors de la prochaine élection, à l'automne 2015.

Il serait inacceptable que le NPD soit dirigé par un chef dont le français est si ardu.

On ne peut qu'imaginer l'ironie de la situation : au moment où le Québec décide d'ouvrir la porte toute grande au NPD, celui-ci choisirait un chef qui ne peut communiquer que très difficilement avec les électeurs de deux-tiers de la députation !

Depuis des mois, l'équipe de Paul Dewar tente autant qu'elle peut de diminuer l'importance de cette compétence politique, et insiste sur les efforts que M. Dewar déploie à ce niveau depuis qu'il s'est lancé dans la course à la direction de son parti.

Paul Dewar s'avère un solide député depuis son élection en 2006. Il n'est absolument pas question de diminuer l'importance de son rôle à la Chambre des communes, ainsi que les compétences qu'il amène aux travaux parlementaires. Mais il n'est absolument pas question non plus de balayer sous le tapis ce grand trou dans sa formation publique.

Aujourd'hui, le bilinguisme des principaux politiciens n'est pas une préférence sur un CV, mais bien une compétence essentielle. Et M. Dewar ne l'a pas. Il pourrait l'acquérir un jour, peut-être d'ici l'élection de 2015 lorsque, dans le scénario le plus optimiste pour le NPD, l'équipe orange s'apprêtera à ravir le pouvoir aux conservateurs de Stephen Harper.

Mais, nous ne parlons pas de 2015. Nous parlons d'ici et de maintenant. Dans quelques semaines, le nouveau chef du NPD occupera le fauteuil de chef de l'Opposition et se lèvera à la Chambre des communes pour livrer des salves quotidiennes à l'endroit du gouvernement. Et en 2012, ce nouveau chef ne pourrait le faire en français, ou que bien difficilement ?

Il est particulièrement odieux que M. Dewar, un candidat originaire d'Ottawa, une capitale qui se veut bilingue, soit incapable de s'exprimer correctement en français. Il représente bien ce large pan de la population anglophone de la capitale qui, même s'il vit à côté de centaines de milliers de francophones d'Ottawa et de Gatineau, n'a jamais fait les efforts pour apprendre la langue de Molière, jamais considéré que ce serait une qualité utile à Ottawa.

Il est particulièrement odieux que M. Dewar ait pu même penser qu'il puisse diriger un parti national sans une connaissance raisonnable du français.

Évidemment, personne ne pouvait prévoir le départ subit de Jack Layton. Cela pourrait servir d'excuse à un unilingue qui prétendrait que cette course à la direction est arrivée comme une surprise et qu'il n'était pas tout à fait prêt.

Mais ce n'est pas le cas de M. Dewar. Depuis près de six ans comme député, il n'a pas fait les efforts pour devenir bilingue.

Quand des néo-démocrates lui ont, au lendemain du décès de M. Layton, parlé de son rôle dans la succession à la barre du NPD, M. Dewar n'a pas évalué que ses faibles compétences en français représenteraient un obstacle insurmontable à une campagne de sa part. Comme bien des gens d'Ottawa, il a fait l'évaluation que ce n'était pas grave. Qu'il aurait le temps de prendre des leçons accélérées de français. Que son français serait suffisant pour bien du monde. Ce genre d'attitude, souvent constaté dans les couloirs d'Ottawa, est répréhensible.

Car la connaissance du français n'est plus un accessoire souhaitable. Et Paul Dewar paie le prix de son inconscience passée.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer