Moment propice pour des élections

Pierre Jury
Le Droit

Le moment est tout à fait propice pour que les Québécois se prononcent sur leur avenir collectif. Jean Charest, qui dit avoir les intérêts des Québécois à coeur, devrait déclencher des élections ce printemps, afin qu'un nouveau gouvernement soit en place en mai ou en juin.

Paradoxalement, le gouvernement de M. Charest est gravement à court d'idées. Il n'y en a qu'une seule qui l'anime, son Plan Nord, mais ce « chantier d'une génération » comme l'appelle le premier ministre est porteur de tant de changements... que la population devrait avoir son mot à dire à ce sujet. Car plusieurs croient qu'avec ce Plan Nord, le Québec s'apprête à brader ses ressources nordiques. D'autres, qui appuient l'initiative libérale, estiment plutôt que le Québec est à l'aube d'une nouvelle ère économique qui rappelle l'époque des grands chantiers hydro-électriques.

Le Québec a dit oui à la nationalisation de l'électricité, en 1962. De la même manière, il doit se prononcer sur ce Plan Nord en 2012.

Le moment est d'ailleurs tout à fait propice pour se prononcer, avant que l'aventure ne soit trop avancée... et que le projet de loi 14 sur les mines ne soit adopté à l'Assemblée nationale.

À l'issue d'une rencontre du caucus libéral à Victoriaville, hier, M. Charest a dit qu'il n'y aurait pas d'élection avant la fin avril, lorsque doit se tenir un grand salon commercial sur le Plan Nord, à Montréal. Cette visibilité exceptionnelle, qui pourrait survenir juste avant le déclenchement d'élections, pourrait s'avérer une plateforme rêvée pour faire connaître à de grands pans de la population le grand plan libéral des années à venir.

Évidemment, cette stratégie jouerait en faveur du gouvernement sortant. C'est un des travers de la démocratie au Québec, qui n'a pas adopté le principe d'élections à date fixe comme l'Ontario, par exemple. Le premier ministre détient ce pouvoir inhabituel qui pipe les dés en sa faveur ; mais l'histoire a démontré que cet atout n'est pas imbattable et n'a pas empêché les changements de gouvernement non plus.

Mais il y a un ou deux revers à une élection printanière au Québec, et c'est que la Commission d'enquête dans l'industrie de la construction en sera encore à ses balbutiements. La population choisirait donc son gouvernement pour les quatre prochaines années sans savoir ce qui transpirera de la commission Charbonneau. Dans le pire des scénarios, la commission pourrait découvrir des faits accablants à propos du Parti libéral du Québec, alors que l'équipe libérale jouirait encore d'une légitimité électorale jusqu'en 2017.

Une élection printanière arriverait à point pour les libéraux. Le PLQ compte donc une certaine longueur d'avance sur ses adversaires.

Le Parti québécois vogue de crise en crise depuis une dizaine de mois, avec la défection de six députés. La chef Pauline Marois arrive difficilement à s'imposer et les sondages ne sont pas tendres.

La CAQ a tout l'automne surfé sur une opinion publique qui réclamait du changement à Québec. Mais la CAQ est un nouveau parti fait de pièces détachées qui devra monter une nouvelle machine politique en l'espace de quelques mois. Comment des candidats qui travaillaient les uns contre les autres, dans certains cas, s'entendront-ils sous cette nouvelle bannière ? Outre quelques grandes lignes, son programme demeure étranger à bien des Québécois. Le financement, les équipes de bénévoles sur le terrain sont aussi de grandes inconnues. Et il reste à voir comment François Legault mènera une campagne à titre de chef de parti : il est relativement facile de faire le tour du Québec et de mousser quelques idées populistes, il en est une autre bien plus ardue de mettre tous les morceaux épars d'une équipe électorale ensemble. La preuve reste à démontrer.

Opposition en déroute ou inexpérimentée, « timing électoral » propice aux libéraux, Jean Charest démarrera avec une petite longueur d'avance, surtout que c'est lui qui donnera le coup de départ. Mais malgré ce léger avantage, le moment est propice pour que les Québécois se prononcent sur la direction qu'ils souhaitent pour les quatre prochaines années.

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