Langues officielles

Un comité ralenti

Pierre Jury
Le Droit

La réaction a été virulente lorsqu'il a été appris que deux députés franco-ontariens sous la bannière du Parti conservateur, Royal Galipeau et Guy Lauzon, avaient été remplacés par des anglophones au comité des langues officielles. Leur succéderont John Williamson, député de Nouveau-Brunswick-Sud-Ouest, et Ray Boughen, député de la circonscription de Palliser, qui englobe la région de Moose Jaw, en Saskatchewan.

Disons qu'ils partent de loin.

M. Williamson représente une circonscription qui compte 2200 francophones. Bilingue, il a cependant admis qu'il ne connaissait rien de la Feuille de route pour la dualité linguistique canadienne 2008-2113, la base de l'action gouvernementale de promotion des langues officielles au pays.

Quant à M. Boughen, on se demande bien ce que pourra contribuer ce député au comité sur les langues officielles... Il y a bien une communauté de quelque 700 fiers francophones à Moose Jaw, regroupés autour de l'école Ducharme, mais l'incapacité du député de communiquer en français limitera l'efficacité de son action.

Mais il n'est pas vrai que des anglophones n'ont pas leur place au sein de ce comité. Cette table d'élus fédéraux, doit-on le rappeler, s'appelle « comité des langues officielles », pas « comité de la francophonie », ni le « comité de la francophonie ontarienne ». C'est cette confusion qu'entretient le député néo-démocrate de Trois-Rivières, Robert Aubin, qui a qualifié de « gifle » la décision du gouvernement conservateur d'assigner MM. Galipeau et Lauzon à d'autres fonctions parlementaires.

« Le problème, ce n'est pas le fait que les deux nouveaux soient anglophones, a d'abord lancé le député Aubin, au quotidien LeDroit. Au comité, ça nous prend des gens issus de la francophonie de partout au pays et là, on en enlève deux pour les remplacer par deux anglophones. Ce n'est pas parce qu'une personne parle français qu'elle comprend forcément les particularités des communautés franco-ontariennes. »

Anglophonie, communautés franco-ontariennes, francophonie, français : de toute évidence, M. Aubin mélange tout.

Le comité des langues officielles s'appelle ainsi parce qu'il y a deux langues officielles au Canada et ce faisant, un Commissariat aux langues officielles. On ne s'y occupe pas que du statut du français au pays, mais bien des deux langues officielles.

Évidemment, la réalité démographique et culturelle au Canada, appuyée par le géant américain, fait en sorte que c'est le français qui a besoin d'être défendu, et que les menaces à la prospérité de l'anglais sont bien minces. Cela tombe sous le sens d'à peu près tout le monde dans la communauté francophone au pays, et c'est encore plus vrai lorsque les gens vivent ou sont issus d'une communauté francophone minoritaire au Canada.

Mais il y a eu un glissement de sens : certains en sont venus à considérer que le comité des langues officielles était le comité de défense du français. Erreur.

Au comité des langues officielles, le point de vue des anglophones n'est pas à rejeter, au contraire. Il est même souhaitable.

Nous regretterons le départ de Royal Galipeau, dont le franc-parler était rafraîchissant... et peu courant dans les rangs conservateurs. Peut-être est-ce justement pour cela qu'il n'est plus au comité, même s'il était bien au courant des réalités franco-ontariennes, et particulièrement de l'Est ontarien, où se concentrent quelque 250 000 francophones. Ils sont maintenant sans voix à ce comité.

L'exercice du pouvoir se fait parfois de façon subtile. Sous Stephen Harper, le travail des divers comités est supervisé de près afin que rien n'y éclabousse le gouvernement conservateur. En tassant deux Franco-ontariens et en installant deux novices à cette table, les délibérations du comité des langues officielles seront ralenties pendant un certain temps du moins, ou pire, paralysées. L'avenir nous le dira. Il faudra être aux aguets... Particulièrement avec un gouvernement majoritaire qui dispose de tous les outils pour orienter la vie parlementaire dans le sens qu'il le désire.

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