Crédibilité envolée

Pierre Jury
Le Droit

La déclaration extrêmement maladroite du sénateur Pierre-Hughes Boisvenu, lancée de façon impromptue, hier, le met dans l'eau chaude... et le gouvernement conservateur qui l'a nommé à ce poste prestigieux, il y a tout juste deux ans.

Au cours de ces 24 mois, M. Boisvenu s'est retrouvé dans les manchettes plus souvent que souhaité et cette dernière boutade, où il livrait le fond de sa pensée sur la réhabilitation impossible de certains criminels, a embarrassé le gouvernement Harper.

Rappelons ses mots : « Moi, je dis toujours, dans le fond, il faudrait que chaque assassin (ait) le droit à sa corde dans sa cellule. Il décidera de sa vie. » Il a dit cela à l'entrée d'une réunion du caucus de son parti, au Parlement. Quelques heures plus tard, M. Boisvenu retirait ses propos, les qualifiant de « déclaration malhabile ». Il n'en pense pas moins cependant. C'est juste que ce n'est pas une déclaration « que j'aurais dû faire dans le cadre de mes fonctions », a-t-il poursuivi.

Le premier ministre Harper, harcelé à ce sujet à la période des questions à la Chambre des communes, s'est montré indulgent à l'endroit du sénateur Boisvenu. Il a rappelé les épreuves familiales de M. Boisvenu et « nous comprenons ses émotions à ce sujet ». Le sénateur a vu une de ses filles assassinée, il y a 10 ans. Fonctionnaire de l'État québécois, il s'est lancé dans une vaste campagne pour les droits des victimes d'actes criminels : c'est à la suite de ce militantisme que le gouvernement Harper l'a recruté au Sénat.

Aujourd'hui, la crédibilité du sénateur Boisvenu est en miettes. Ardent défenseur du programme conservateur sur la question du crime, le sénateur est devenu maintenant un boulet pour son parti, une menace perpétuelle de faire une déclaration qui mettra les Bleus sur la défensive. Et au Sénat, il sera un mauvais défenseur du projet de loi C-10 qui regroupe neuf initiatives législatives relatives au crime.

Quoiqu'il s'en défende parfois, M. Boisvenu est bel et bien favorable à la peine de mort. Dans certaines conditions, « pour les cas où il n'y a aucune possibilité de réhabilitation ». Un de ses arguments est économique : emprisonner une personne à vie coûte cher à l'État, et il vaudrait mieux pour les finances publiques que ces grands criminels soient éliminés par souci d'économie, ou à tout le moins, comme le sénateur l'a dit, qu'on leur mette sous le nez, dans la cellule où ils finiront leur jour, une corde avec laquelle ils pourraient se pendre.

À ce titre, pourrait-il en venir à suggérer d'autres mesures d'économie pour l'État fédéral, comme l'élimination des foyers pour vétérans, par exemple, qui pèsent aussi sur les finances publiques et qui n'apportent rien de plus que l'emprisonnement à vie des meurtriers.

Il s'agit d'une boutade de très mauvais goût, en effet, et nous la faisons pour illustrer qu'elle relève de la même logique tordue du sénateur dont la proposition, par-dessus le marché, est un crime en elle-même puisque l'incitation au suicide est interdite à l'article 241 du Code criminel.

Depuis son élection en 2006, M. Harper répète sur plusieurs tribunes que son gouvernement n'a nullement l'intention de rouvrir le débat sur la peine de mort. Pas plus que sur l'avortement. Mais périodiquement, des conservateurs étourdis lancent des messages contradictoires sur ces thèmes... sans être mis au ban. (Ceux qui se prononceraient en appui à la Palestine, ou contre les pétroles bitumineux ne bénéficieraient certainement pas de la même indulgence !)

La précision de M. Harper a été claire. Quant à Pierre-Hughes Boisvenu, il a été pardonné par son grand patron. Mais dans l'opinion publique, tout particulièrement au Québec où il agissait à titre de porte-parole officieux du gouvernement, le capital de sympathie dont ce père de famille éprouvé jouissait s'est envolé en fumée. Par sa seule faute.

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