Le Canada se retrouve radicalement changé. Et ce n'est pas fini. Tous les partis ont subi une profonde métamorphose. Les conservateurs ont obtenu la majorité de sièges aux Communes à laquelle ils rêvaient depuis 2006, peut-être même sans trop y croire. Les libéraux ont été lessivés et se retrouvent marginaux comme l'étaient le Nouveau Parti démocratique. Le parti de Jack Layton a renversé tous les calculs et la vague des derniers jours s'est transformée en réel tsunami, particulièrement au Québec. Et le Bloc québécois, qui tenait la Belle Province dans une poigne de fer depuis sa création il y a 20 ans, est virtuellement annihilé. Plus qu'une poignée de députés, et même son chef Gilles Duceppe est lavé de sa circonscription de Laurier-Sainte-Marie, à Montréal. Sans surprise, il a quitté ses fonctions.
Nous aurons souvent l'occasion de revenir sur cette incroyable poussée du NPD. Et pour longtemps parce les conservateurs sont majoritaires et donc bien installés en selle pour quatre ans. Quatre années de paix politique? Cela reste à voir. Mais les Canadiens qui en avaient marre d'aller voter ont envoyé un message puissant et auront donc la paix pour quatre ans.
Stephen Harper a aujourd'hui les coudées franches pour modeler le Canada à l'image de ce qu'il envisage depuis 20 ans, depuis ses jours au sein du Reform Party et du National Citizens Coalition.
LeDroit a longtemps soutenu que le Canada se gouvernait au centre et c'est entre autres ce qui nous avait confortés à l'idée d'appuyer les conservateurs en janvier 2006. Parce que les libéraux ne méritaient plus le pouvoir au lendemain du scandale des commandites et que les Bleus sous Harper venaient de mener une campagne exemplaire, une campagne d'idées. Nous croyions à l'époque que le pouvoir adoucirait les côtés plus tranchants de ces conservateurs qui venaient d'abandonner une partie de leur étiquette, celle de «progressiste».
De fait, au fil de leurs cinq années au pouvoir, les conservateurs ont mis de côté les appels de leur frange plus radicale pour rouvrir le débat sur l'avortement, celui sur la peine de mort, sur le mariage des personnes du même sexe, notamment, des idées qui divisent profondément la population et que les Canadiens avaient difficilement rangées derrière eux. Oui, les conservateurs ont dirigé le Canada davantage comme un parti du centre; en fait foi ce budget historique de 2009 qui a créé un déficit de quelque 50 milliards$. C'était un exercice financier très peu fidèle aux idées de M. Harper mais il l'a fait car à peu près toutes les économies mondiales se sont dicté le même remède. Il a suivi.
Aujourd'hui, le centre que tentaient d'occuper les libéraux n'existe carrément plus. À tout le moins, il n'est plus une force politique. Le Parti libéral a connu quatre chefs différents au cours des huit dernières années et cette formation se cherche. À sa place, dans l'échiquier politique, la gauche a pris la place. Pas le centre, la gauche. La gauche des néo-démocrates de Jack Layton. Ils ont aujourd'hui une voix forte et c'est un hommage à leurs efforts mais leur rôle sera bien limité. La menace de renverser le gouvernement n'existe plus et les néo-démocrates crieront souvent dans le désert. Ils seront beaucoup, mais leur voix sera étouffée par la majorité des conservateurs.
Les prochaines années conservatrices seront fertiles en rebondissements. Certains pourraient croire que le pouvoir les a peut-être adoucis un peu. Nous n'y croyons pas. Ils n'ont plus de raison de gouverner au centre, mais plus à droite. Stephen Harper a maintenant la légitimité d'action dont il rêvait. Son attitude face aux règles parlementaires a rappelé une partie de sa nature. Sans tomber dans les idées machiavéliques d'un Canada entre les mains d'un dictateur de droite, le premier ministre a le champ libre pour le mettre davantage à son image.