Tout peut y passer, le bon grain comme l'ivraie. Dans le lot, des candidats solides, voire quelques ministres, des gens qui auront sacrifié ces années en politique à des horaires souvent inhumains, oubliant leurs familles et leurs proches sur l'autel d'une mission à accomplir. Espérons que leurs contributions auront permis d'ériger un Canada meilleur. D'autres victimes seront d'obscurs députés d'arrière-banc dont le sort ne préoccupe tristement personne ; leurs départs passeront inaperçus et ils seront rapidement oubliés.
Dans la région de l'Outaouais, la circonscription du Pontiac serait vulnérable à la vague orange, selon diverses sources. Là, Lawrence Cannon y incarne le Parti conservateur et il a honorablement servi à titre de ministre au sein du cabinet de Stephen Harper. Plus récemment, il a dirigé le ministère des Affaires étrangères et si ce département n'a pas été à l'abri de son lot de controverses, il aura été le meilleur titulaire du portefeuille sous la bannière conservatrice. À titre de député, M. Cannon était aussi responsable de la région de l'Outaouais et il a plus que livré la marchandise à ce chapitre. Depuis 2006, les conservateurs ont annoncé et financé la construction de trois nouvelles tours à bureaux au centre-ville de Gatineau qui à elles seules devraient recevoir pas moins de 6300 fonctionnaires fédéraux. Lors de la dernière confirmation, en mai 2010, M. Cannon était fier de proclamer que la politique du 75-25, sur la proportion de fonctionnaires entre le Québec et l'Ontario, « est totalement et entièrement respectée ».
Il serait dommage que M. Cannon perde son poste sous l'effet d'une vague.
De la même manière, quatre autres députés d'Ottawa, de diverses allégeances, méritent amplement de conserver leurs sièges. Ce sont Mauril Bélanger, dans la circonscription d'Ottawa-Vanier, David McGuinty, dans Ottawa-Sud, Paul Dewar, dans Ottawa-Centre, et John Baird, dans Ottawa-Ouest-Nepean. Tous comptent parmi les ténors de leurs partis respectifs.
Depuis qu'il a succédé à Jean-Robert Gauthier, Mauril Bélanger s'est fait le champion de deux causes : la région de la capitale et la communauté de langue française. Il mérite la confiance des électeurs d'Ottawa-Vanier. Idem pour M. McGuinty, un des rares libéraux parfaitement bilingues. Ses compétences en environnement sont un atout à la Chambre des communes.
Paul Dewar ne peut succomber à la vague néo-démocrate puisqu'il en est l'un des porte-flambeau depuis longtemps. Infatigable, il a, comme M. Bélanger, été un fier défenseur d'Ottawa sur la scène nationale, et un défenseur de la justice sociale sur toutes les tribunes.
John Baird ne s'est pas attiré souvent les faveurs de la communauté francophone, même s'il l'a déjà représentée à titre de ministre à l'époque où il servait dans le gouvernement conservateur de Mike Harris, en Ontario. Bagarreur, parfois hargneux, M. Baird s'illustre malgré tout comme un élu qui possède une vaste connaissance des enjeux politiques du pays.
Dans tous ces cas, il serait regrettable que ces gens subissent l'affront d'une défaite autre que pour des raisons solidement défendables et une campagne menée de main de maître par l'éventuel vainqueur.
Le corollaire des vagues qui balaient tout sur leur passage, c'est qu'elles installent en même temps dans l'histoire parlementaire des personnes qui n'ont pas toujours toutes les compétences espérées dans les rangs politiques. Ils ont accepté de se porter candidat par affection pour un parti ou des valeurs, se sacrifiant pour la cause dans des circonscriptions considérées perdues d'avance. Ce sont ce que l'on appelle des « poteaux », dans le langage politique.
On a vu des « poteaux » élus dans le passé. Au Québec, lors de l'élection de mars 2007, l'Action démocratique du Québec avait envoyé pas moins de 41 députés à l'Assemblée nationale, 37 de plus qu'à l'élection précédente, en 2003. L'inexpérience de dizaines d'élus n'avait pas rendu service à l'ADQ, qui en a perdu 34 à l'élection suivante, 18 mois plus tard.
À quatre jours du scrutin, il demeure bon de se rappeler : méfions-nous des vagues !