Après la partie facile

Partager

Dans son discours de victoire après avoir été nommée chef du Parti libéral de l'Ontario, Kathleen Wynne ne croyait pas si bien dire. « Croyez-le ou non, ça c'était la partie facile ! » Personne n'osera la contredire.

En effet, le premier ministre sortant, Dalton McGuinty, vient de faire un cadeau de Grec à celle qui lui succède. Elle hérite d'un parti malmené, affaibli et contesté tant à l'Assemblée législative que dans la population en général. L'économie ontarienne n'est pas encore sortie d'un long passage à vide depuis 2008. Les finances publiques sont en piètre état avec un déficit de 12 milliards $. Les scandales comme ceux du service ambulancier par hélicoptères ORNGE et des centrales au gaz font toujours la manchette. La prorogation de la législature à la suite de la démission du premier ministre a laissé un goût amer.

Kathleen Wynne a donc du pain sur la planche. Sa victoire rassembleuse au congrès de fin de semaine ne peut faire abstraction de la tâche qui l'attend. En cela, après les 10 années de pouvoir de Dalton McGuinty, elle est dans une situation tout aussi délicate que John Turner après Pierre Trudeau, Kim Campbell à la suite de Brian Mulroney, Ernie Eves dans les traces de Mike Harris et Paul Martin à la succession de Jean Chrétien. Le défi est de taille : faire du neuf avec du vieux, couper avec un passé trop immédiat et lancer de nouvelles idées pour stimuler des électeurs déçus et désabusés.

De toute évidence, le choix de Kathleen Wynne par les libéraux ontariens envoie un message fort sur leur désir de tourner la page. Encore faut-il que les Ontariens s'en laissent convaincre. Rien n'est moins évident.

Kathleen Wynne apporte avec elle une vaste expérience de militante, de conseillère scolaire, de politicienne et de ministre. Elle a géré des ministères d'envergure comme l'Éducation, les Affaires municipales et l'Habitation ainsi que les Transports. Ses qualités de rassembleuse et la force de son organisation l'ont fort bien servie en fin de semaine à la convention libérale même si elle ne semblait pas avoir l'aval de la direction du parti. La question de son orientation sexuelle ne semble pas avoir influencé le vote des délégués.

Déjà élue à la législative dans la circonscription torontoise de Don Valley-Ouest, elle a l'intention de mettre fin à la prorogation des travaux parlementaires le 19 février, d'annoncer la composition de son nouveau cabinet dès cette semaine et de tenter de travailler avec l'opposition majoritaire à Queen's Park pour éviter des élections générales au printemps. Parmi ses priorités politiques, elle devra rebâtir les ponts avec les enseignants, un désaccord qui a été largement exprimé tout au long de ce congrès.

Le choix de Mme Wynne aux dépens de Sandra Pupatello était-il le meilleur pour les libéraux ontariens ? De toute évidence, ils auront opté pour une politicienne plus progressiste, de la région de Toronto, reconnue pour ses qualités de médiatrice. La coupure avec Dalton McGuinty pourrait être beaucoup plus importante qu'on ne se l'imagine. Il faudra maintenant en convaincre les électeurs ontariens qui seront bientôt appelés à se prononcer.

Fait digne de mention, avec la nomination de Kathleen Wynne, six juridictions, comptant pour plus de 85 % de la population canadienne, sont désormais dirigées par des femmes : l'Ontario, le Québec, la Colombie-Britannique, l'Alberta, Terre-Neuve et Labrador et le Nunavut. Il faut se réjouir de ce changement plus que bienvenu dans le paysage politique canadien. Si, un jour, il vient à l'esprit du premier ministre Stephen Harper de convoquer ses homologues à une réunion fédérale-provinciale (une initiative de plus en plus rare), il sera extrêmement intéressant de voir comment la présence majoritaire de femmes autour de la table transformera le ton et la substance des échanges. N'oublions pas que Kathleen Wynne, Pauline Marois, Christine Clark, Alison Redford, Kathleen Dunderdale et Eva Aariak sont aux commandes de leurs provinces ou territoire parce qu'elles ont fait leurs preuves et qu'elles sont éminemment capables d'assumer les plus hautes fonctions.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer