Noël d'espérance

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Le poète Charles Péguy appelle l'espérance « cette petite fille de rien du tout (...) venue au monde le jour de Noël de l'année dernière. » Il ajoute : « Car la foi ne voit que ce qui est. Et elle, elle voit ce qui sera. La charité n'aime que ce qui est. Et elle, elle aime ce qui sera. »

La semaine dernière, en menant une personne à son dernier repos, on disait de lui que s'il ne se disait pas croyant, il se voyait d'abord et avant tout comme un « espérant ». Le terme est bien choisi en cette veille de Noël 2012 car la foi est souvent mise à rude épreuve et la « charité » n'est pas toujours évidente dans notre société.

Les derniers jours ont été difficiles pour les croyants. Comment rester indifférent face à la douleur d'une ville frappée de plein fouet par une tuerie sans nom ? Pourquoi de tels drames nous atteignent-ils aussi profondément dans nos convictions, dans les relations entre les êtres ? Un fils qui tue sa mère et, plus près de nous, une mère qui assassine ses trois enfants, ce sont autant de signes d'une profonde perversion de l'amour. Difficile de croire en Noël après tout cela. Difficile de répandre l'amour quand nous avons devant nous autant de signes de haine, de rejet et d'incompréhension.

Autant sommes-nous troublés par ces événements d'une telle horreur, autant devons-nous chercher des raisons d'espérer de ce que le poète a appelé « une flamme tremblante » qui « elle seule conduira les Vertus et les Mondes. » Au-delà du cynisme ambiant, des remises en question, nous sommes entourés de signes d'espérance qui nous font croire en un monde meilleur.

La victoire des Latreille de Hawkesbury à l'émission Un air de famille, les guignolées dans nos quartiers, le petit déjeuner du maire de Gatineau, les banques alimentaires, cette lettre déchirante d'une mère à son fils handicapé, cette intervention miraculeuse de deux agents pour réanimer un homme en arrêt cardiorespiratoire. Il ne se passe pas de jours sans que la société nous donne des raisons d'espérer. Il faut les découvrir, savoir les reconnaître car elles sont porteuses de notre propre espérance.

Il y a quelques années, le pape Benoît XVI a publié une encyclique qui porte sur l'espérance, intitulée Sauvés dans l'espérance. Noël nous offre l'occasion de nous rappeler que l'espérance est beaucoup plus que l'attente de l'impossible. Dans ce document, il affirme que « Tout agir sérieux et droit de l'homme est espérance en acte. Il l'est avant tout dans le sens où nous cherchons, de ce fait, à poursuivre nos espérances, les plus petites ou les plus grandes : régler telle ou telle tâche qui pour la suite du chemin de notre vie est importante ; par notre engagement, apporter notre contribution afin que le monde devienne un peu plus lumineux et un peu plus humain, et qu'ainsi les portes s'ouvrent sur l'avenir. »

Ce sont ces petites comme ces plus grandes espérances qui motivent les gestes de solidarité entre les humains et que la fête de Noël nous donne l'occasion d'approfondir dans nos vies.

La semaine dernière, une personne rappelait jusqu'à quel point la fête de Noël est devenue une véritable corvée. Dans le fond, pour beaucoup de gens, Noël est devenu une source de souffrance. Peut-être cherche-t-on à faire plaisir à tout prix, à tout préparer, à tout offrir. Ainsi on ouvre la porte à d'amères déceptions si nos attentes ne sont pas comblées, si la solitude nous atteint. C'est ce qui rend le temps des Fêtes si difficile à traverser pour nombre de personnes abandonnées, oubliées, renfermées. Ce sont autant d'occasions autour de nous d'ouvrir la porte de l'espérance. Selon Benoît XVI, « une société qui ne réussit pas à accepter les souffrants et qui n'est pas capable de contribuer, par la compassion, à faire en sorte que la souffrance soit partagée et portée aussi intérieurement est une société cruelle et inhumaine. »

Ce sont ces contradictions qui font en sorte qu'il est difficile d'espérer. Pourtant c'est ce qu'il reste malgré la solitude et l'abandon. C'est ce qu'il nous reste, quand l'amour est absent. À défaut d'être des « croyants » et des « aimants », nous devons rester des « espérants ».

À tous nos lecteurs et nos lectrices, à tous nos partenaires, à tous nos collègues, à tous ceux et celles qui nous donnent à tous les jours des raisons d'espérer et de croire en « cette petite fille de rien du tout », Le Droit souhaite un Joyeux Noël.

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