C'est sur cette toile de fond qu'aujourd'hui et demain, au Mexique, les leaders du G-20 se penchent sur le sort de l'économie mondiale et en particulier sur la crise de la zone euro. Et, à compter de mercredi, des milliers de dirigeants ainsi que des participants du secteur privé et des ONG plancheront sur l'avenir tout court à l'occasion de la conférence des Nations unies sur le développement durable (Rio + 20), au Brésil.
Or, ces trois événements majeurs sont interreliés. Ils sont la déclinaison d'un mal économique, social, environnemental et politique qui met la planète en danger et dont nous n'arrivons plus à démêler l'écheveau. Le thème de Rio + 20, L'avenir que nous voulons, est en soi tout un programme que l'on pourrait mettre en opposition à celui du Sommet du G-20 qui pourrait être L'avenir que nous pouvons.
Alors que les dirigeants mondiaux se proposeront de mettre à jour l'esprit de la conférence de Rio sur le développement durable, dont on célèbre le 20e anniversaire, les chefs d'États des 20 économies qui représentent 90 % de l'économie de la planète vont se pencher sur les problèmes immédiats d'une économie européenne au bord de la crise de nerf et qui risque de plonger l'économie de la planète dans des soubresauts insoupçonnés.
Le Brésil, où se tient la conférence Rio + 20, vit de près un certain ralentissement de son économie depuis le début de l'année de concert avec ses partenaires du BRIC, l'Inde et la Chine. Ainsi la conférence de Rio + 20 que le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, qualifie de « l'une des plus importantes réunions mondiales sur le développement durable de notre temps » est déjà enlisée avant même de se mettre en mouvement.
Est-ce à dire qu'elle est condamnée à l'échec pour cause de priorités économiques ? Bien sûr que non car la crise de la zone euro ne se produit pas dans le vide des autres priorités. Elles sont interdépendantes. Elles ne sont pas isolées. Le danger est de croire que la solution au ralentissement de l'économie mondiale passe uniquement par l'intervention des États sur les mécanismes de l'économie et la discipline budgétaire. C'est vrai, mais en partie. Le développement durable est inséparable de la lutte à la pauvreté, de la promotion de la justice sociale et de la protection de l'environnement pour un avenir durable.
Il n'y a pas de contradiction ou d'opposition entre le sommet du G-20 et Rio + 20, l'un et l'autre expriment les faces multiples d'une planète qui peine de plus en plus à subvenir à nos besoins et dont les systèmes climatiques se dérèglent sous l'effet de la présence et de l'action des humains. En 20 ans, nous avons pris conscience du problème, mais le drame réside dans notre incapacité à amorcer une certaine unanimité. Il y a eu des progrès incontestables mais, pour paraphraser Neil Armstrong, les petits pas de l'homme s'accompagnent de reculs géants pour l'humanité. À chaque fois qu'un Al Gore réveille les consciences avec un film comme Une vérité qui dérange, il s'en trouve pour remettre en question les effets des changements climatiques et leurs causes humaines. À chaque fois qu'on demande des engagements chiffrés, il s'en trouve pour les renier comme l'a fait le Canada. On a transformé une tendance lourde climatique en dialogue de sourds entre catastrophistes et négationnistes.
Les enjeux du sommet du G-20 au Mexique et de Rio + 20 au Brésil ne devraient pas être mis en opposition. Pourtant, ici même au Canada, nous vivons intensément ces contradictions entre le développement économique, la responsabilité environnementale et la justice sociale. Dopé par les revenus du pétrole des sables bitumineux, le Canada a fait le choix politique d'abdiquer ses responsabilités, de faire la leçon aux cancres de l'économie et de refuser son rôle de leader qu'il aurait pu jouer sur la scène internationale.
Il envoie son premier ministre au Mexique et son ministre de l'Environnement à Rio comme pour nous dire clairement où sont ses priorités.