Cette déclaration intempestive fait sans doute partie des déclarations mal avisées que le ministre Bolduc aurait préféré supprimer après coup. Car le rapport du vérificateur à l'endroit de la gestion du ministère de la Santé et des Services sociaux est accablant. Le constat est sévère. Québec gère mal les près de trois milliards $ qu'il consacre à l'hébergement des personnes âgées en perte d'autonomie. Les lacunes sont profondes et elles se répercutent dans l'ensemble du réseau de la santé : contrôles déficients des services, manque d'informations fiables et laisser-aller dans l'application de la réglementation.
Bien sûr, les personnes âgées en perte d'autonomie dans les centres d'hébergement de soins de longue durée (CHSLD) ne peuvent déambuler dans nos rues et taper sur des casseroles. Alors ils souffrent dans le silence, l'oubli et l'abandon. Plus souvent qu'autrement, ils occupent des lits d'hôpitaux (ou des urgences) normalement réservés aux soins de courte durée. D'ailleurs, M. Samson note une augmentation de 21 % de ces cas au cours des trois dernières années. Ainsi des ressources à la fine pointe comme les nouvelles urgences de Hull et de Gatineau, inaugurée la semaine dernière, ne peuvent être utilisées à leur plein potentiel humain et technologique.
À l'autre bout de la chaîne d'hébergement, le vérificateur note que 30 % des aînés en CHSLD à Montréal ou à Québec sont trop autonomes pour ce type d'hébergement. Il en résulte donc un mauvais aiguillage des personnes dans le réseau. Convenons qu'on n'arrivera jamais à une adéquation parfaite entre les besoins et les ressources ainsi qu'à des coûts similaires pour des services équivalents, en quantité et en qualité, dans l'ensemble du réseau. On peut à tout le moins essayer d'y parvenir.
Malheureusement, cette crise observée ne pourra qu'empirer car la demande de services va continuer à augmenter. On n'en a pas vu le bout. C'est ce qui est inquiétant. Le vérificateur général formule plusieurs recommandations au ministère afin de remédier aux lacunes observées. Même si elles sont nombreuses, ces recommandations laissent une impression de déjà-vu : mise à jour des orientations, refaire un nouveau plan d'action, disposer de l'information suffisante sur les besoins des usagers, des ressources, des services et de l'accès, utiliser un système unique d'évaluation des besoins. Le vérificateur propose aussi de revoir la contribution des personnes âgées hébergées et l'ensemble des frais qu'elles assument.
Toutes ces recommandations, et bien d'autres, pointent vers un lourd déficit d'information qui se répercute sur la gestion du réseau et l'allocation des ressources, humaines, matérielles et financières. La situation est plus préoccupante que désespérée. Malheureusement, il n'y a pas une solution toute trouvée au-delà des généralités d'usage. Une fois que l'on accuse le choc du verdict du vérificateur, comme le ministre Bolduc, que l'on a trouvé le rapport dévastateur, comme la chef péquiste Pauline Marois, ou accablant, comme François Bonnardel de la Coalition avenir Québec, il faut passer aux actes.
Or, l'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux souligne qu'une partie de la solution réside dans le développement des services offerts à domicile.
On ne réglera jamais le problème en « marquant » nos aînés loin des yeux, loin du coeur dans le premier espace disponible, quels que soient leurs besoins. Le ministre Bolduc est bien conscient que sa tâche colossale ne s'accomplira pas, comme par magie, en attendant que les patients meurent plus rapidement. Il doit cependant s'assurer qu'il a les bons outils pour faire le travail : de la bonne information, une meilleure répartition des ressources, l'augmentation des ressources intermédiaires et de meilleurs soins à domicile.