La raison en est fort simple. Dans cette exposition (que l'éditorialiste a visitée), il est mentionné que le cerveau est une zone érogène. Or, le cerveau est aussi la zone du « politique ». Et Ottawa est le siège des pulsions politiques au pays. On ne doit donc pas s'étonner outre mesure que des groupes de pression aient profité de la présentation de cette expo dans un musée national pour faire valoir leur point. Ils ont le droit de s'exprimer et de vouloir influencer le ministre du Patrimoine, ce qui ne signifie pas qu'ils aient raison ou que ce dernier ne leur donne raison dans les faits, même s'il s'en défend.
Le Musée des sciences et de la technologie a déjà réagi aux critiques en faisant passer de 12 à 16 ans l'âge minimum requis pour visiter l'exposition sans être accompagné d'un adulte. Certains éléments d'exposition ont été enlevés. Le site est bien délimité, isolé et surveillé. La prise de photos est interdite. Cette prudence est compréhensible dans le contexte politique qui l'enveloppe.
Est-ce à dire alors que tout ce dérangement médiatique et politique ait été nécessaire ? Le contenu de l'exposition est fort bien présenté. Il informe sans faux-fuyant, il montre sans provocation, il aborde avec respect. Convenons que certains aspects de l'exposition puissent prêter à controverse et qu'ils ne fassent pas l'unanimité. Cela ne signifie pas qu'on doive les occulter au nom d'impératifs culturels, religieux ou moraux. La société a évolué et bien des tabous ont été levés. Tout en respectant le droit des gens à leurs opinions et à leurs convictions, nous rappelons que personne n'est obligé de visiter cette exposition ou d'imposer leurs réserves morales à l'ensemble de la population.
D'autre part, même si le ministre James Moore a bien le droit de penser ce qu'il voudra et de le dire publiquement, son intervention est une forme d'ingérence imprudente dans le contenu ou la pertinence de la programmation d'un musée. On doit s'en inquiéter car, en plus d'impératifs politiques, les musées sont de plus en plus sensibles à des impératifs économiques qui, eux aussi, menacent leur indépendance.
En janvier dernier, Radio-Canada Ottawa révélait que ce même Musée des sciences et de la technologie se serait exposé à l'influence du commanditaire majeur d'une exposition intitulée Énergie, le pouvoir de choisir, la Compagnie pétrolière Impériale, dont la responsables des affaires publiques et gouvernementales était présidente du comité consultatif d'experts des milieux universitaires, environnementaux et énergétiques. Le musée a affirmé son indépendance éditoriale dans la préparation de cette exposition.
Devant l'influence des groupes de pression, quels qu'ils soient, des entreprises et des politiciens, il sera de plus en plus difficile pour les institutions publiques comme des musées faisant appel à des bailleurs de fonds de garantir cette indépendance. Or, il en va de leur crédibilité.
Le gouvernement Harper n'opère pas dans un vide idéologique. Il est soumis à des influences de plus en plus fortes de sa base électorale qui n'a pas perdu ses repères réformistes et qui refont régulièrement surface dans les débats publics. Les critiques qui se sont manifestées pour condamner Sexe : L'expo qui dit tout savaient pertinemment qu'elles recevraient une oreille attentive à Ottawa car le terreau idéologique et politique y était fertile.
Un seul regret, que cette exposition ne se soit pas tenue au Musée des civilisations, car nous sommes vraiment en présence d'un débat de civilisation plutôt que de sciences et technologie.