La France polarisée

Pierre Bergeron
Le Droit

Le premier tour des présidentielles a consacré hier la polarisation, le morcellement et la fracture des Français. Il se résume à quelques chiffres porteurs pour le second tour du 6 mai: une participation de près de 80%, le président Nicolas Sarkozy sanctionné, le socialiste François Hollande en tête et le résultat surprenant de Marine Le Pen avec un score étonnant de 18,5%.

Il serait présomptueux d'affirmer que le sort de Nicolas Sarkozy est joué, même si les premiers sondages mettent son adversaire nettement en avance. Par contre, ce premier tour est riche de trois enseignements: il existe toujours un profond rapport de force entre la gauche et la droite et les projections pour le second tour demeurent hautement spéculatives; la dynamique à deux candidats est entièrement différente d'une dynamique à dix; le poids du Front national de Marine Le Pen dans la balance est significatif et son rôle dans le second tour sera déterminant.

Ce n'est donc pas pour rien que le ton du discours de Nicolas Sarkozy était beaucoup plus combatif et patriotique que celui, plus présidentiel et rassembleur, du socialiste François Hollande. Il est rare que ce soit le chef d'État sortant qui demande la tenue de trois débats sur les questions économiques et sociales, sur les enjeux de société et sur les questions internationales. Car, durant ce premier tour, Nicolas Sarkozy s'est souvent retrouvé la cible de tous ses adversaires par la force du nombre de candidats et de son obligation de défendre sa présidence et son leadership.

Le taux de participation élevé à ce premier tour démontre que les Français ne sont pas indifférents aux choix qui s'offrent à eux. Les deux hommes ont des personnalités presque aux antipodes et il ne faudrait pas s'étonner que les deux prochaines semaines soient davantage un concours de personnalité que de véritables choix politiques. Ce donc deux conceptions de la France qui s'opposent, incarnées par deux politiciens qui ne se feront pas de quartier. François Hollande se présente comme le candidat du changement, Nicolas Sarkozy comme celui de la France forte. Rien n'est joué.

Compensation juste

Malgré toutes nos réserves à l'endroit des outrances verbales du sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu, nous applaudissons à la décision du gouvernement conservateur d'instaurer une prestation de soutien aux parents d'enfants assassinés ou disparus à la suite d'un geste criminel.

Lorsqu'il a été nommé à la Chambre haute en janvier 2010, le sénateur Boisvenu avait clairement indiqué qu'il ferait de la défense des victimes d'actes criminels son cheval de bataille et le point central de son action politique. Sur ce point, il a été conséquent et on ne pourra jamais l'accuser de manquer de suite dans les idées.

Ainsi donc, à compter de janvier 2013, les parents d'enfants victimes d'actes criminels recevront une prestation de soutien du revenu de 350$ par semaine pour un maximum de 35 semaines. Cette compensation ne redonne pas justice aux parents de victimes. Elle ne vise qu'à éviter que les parents ne soient doublement victimes, d'un acte criminel à l'endroit de leur enfant, et d'une perte de revenus pour supporter leur peine.

Soulignons le travail acharné du sénateur Boisvenu, que le décès de sa fille aux mains d'un récidiviste en 2002 a précipité à l'avant-scène d'une véritable croisade dont il a fait le fondement de son engagement. Nous lui reprochons des dérapages verbaux et émotifs: "Moi je dis toujours, dans le fond, il faudrait que chaque assassin (ait) le droit à sa corde dans sa cellule. Il décidera de sa vie."

Ce sont pourtant des parents de victimes comme Isabelle Gaston, dont les deux enfants ont été assassinés par son ex-conjoint, qui donnent un visage humain à cette prestation de soutien qui devrait être versée à environ 1000 familles par année. Malgré nos réserves sérieuses à l'endroit de la dérive sécuritaire du gouvernement Harper, nous appuyons cette mesure qui va dans le "bon sens", celle de l'écoute attentive des besoins des proches de victimes d'actes criminels.

 

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