Deux chercheurs torontois recommandent que la Ville d'Ottawa se dote de deux centres d'injections supervisées afin d'améliorer la santé des toxicomanes et réduire la consommation de drogues injectables dans les lieux publics, comme les parcs. Pourquoi deux centres à Ottawa alors qu'il n'y en a qu'un seul à Vancouver ? Parce que la consommation serait dispersée à Ottawa alors qu'elle est concentrée à Vancouver, où le centre d'injections Insite a provoqué une diminution du partage des aiguilles souillées, les surdoses et les injections en public.
Ce qui pourrait ainsi se justifier en termes de santé publique soulève d'autres questions sociales, policières et politiques. C'est pourquoi le maire d'Ottawa, Jim Watson, le chef de police, Charles Bordeleau, et son prédécesseur, Vern White, et le directeur de la Maison Fraternité, Denis Boileau, s'opposent aux scénarios proposés par les chercheurs torontois. En effet, il faut mettre sur l'autre plateau de la balance la banalisation de la consommation de drogue sous des dehors de légalité, les efforts de réhabilitation des toxicomanes ou de prévention auprès des jeunes, une criminalité endémique et la légitimité d'un centre toujours ouvert en cas de besoin.
Ottawa pourrait-elle devenir le Vancouver de l'est pour les toxicomanes ? Cette perspective n'est guère réjouissante et toute mesure susceptible d'en faire un lieu de refuge pour les toxicomanes doit être abordée avec la plus grande prudence. C'est pourquoi la balance doit, pour le moment, pencher du côté de la prévention et non de celui de la légitimité. En ouvrant un ou même deux centres d'injections supervisées, on ne règle pas un problème de consommation et de banalisation de la toxicomanie, mais on essaie plutôt d'endiguer un problème de santé publique relativement limité à une population bien précise.
Le maire d'Ottawa a mis son poids politique dans un plateau de la balance, celui de la prévention, de la lutte et de la réhabilitation. Il a raison.