Il faut ici souligner le travail remarquable de la députée de Hull, Maryse Gaudreault, qui a présidé, avec la députée Véronique Hivon, un comité de députés de tous les partis et dont les travaux se sont échelonnés sur plus de deux ans auprès d'experts, d'organismes, d'institutions d'ici et de l'étranger, et de citoyens concernés par ces questions fort complexes. Il est donc possible pour nos élus de travailler dans l'harmonie lorsqu'ils mettent leurs intérêts politiques de côté et inscrivent leur travail dans une logique de résultats, de service, d'éclairage et de bien commun. Madame Gaudreault, vous avez fait du bon travail !
Le comité devait composer avec deux réalités, celui du vocabulaire et celui de la loi. Nos convictions religieuses, le code criminel, les chartes québécoise et canadienne, l'évolution des mentalités et de nombreux tabous entourent et guident nos attitudes et nos comportements face à la mort. D'une part, les termes utilisés ne sont pas toujours bien compris et, pour bien des gens, se résument, de façon parfois réductrice, au débat sur l'euthanasie et le suicide assisté. On accusera les membres de la Commission de jouer sur les mots et de vouloir enrober dans des expressions « nouvelles » comme « l'aide médicale à mourir », les « directives médicales anticipées » et la « sédation palliative » des concepts vieux comme le monde qui ne feront jamais l'unanimité.
On peut ne pas être d'accord, et pour une foule de raisons justifiées, mais, comme dans bien d'autres débats publics, l'État doit composer avec le pluralisme et la complexité de la société moderne. L'État doit parfois trancher comme il doit parfois gérer ce qui est difficilement gérable avec des balises légales et législatives. Il doit composer avec des questions qui heurtent, et de plein fouet, des siècles d'histoire et de traditions. La Commission ne s'est pas retranchée derrière la facilité pour éviter de prendre position sur des questions fort complexes sans jouer à l'apprenti sorcier avec les questions de vie et de mort.
Ainsi, de ses 24 recommandations, plusieurs s'adressent directement au ministère de la Santé et des Services sociaux et aux professionnels de la santé qui doivent et devront gérer et encadrer les questions de soins palliatifs de fin de vie. Elle s'adresse au Collège des médecins pour qu'il élabore, entre autres, un guide d'exercice et de normes de déontologie sur la sédation palliative (administration d'un médicament pour soulager la douleur), l'exercice des directives médicales anticipées (instructions sur les décisions à prendre en matière de soins en cas d'inconscience irréversible).
Bien sûr, l'aspect légal de ces questions ne peut être laissé de côté. La Commission formule des recommandations au Procureur général, au Collège des médecins et à l'Ordre des infirmières pour qu'un médecin ou une infirmière puisse pratiquer ou participer à une aide médicale à mourir sans faire l'objet de poursuites criminelles. Par contre, la Commission confirme avec sagesse pour les médecins et les infirmières le droit à l'objection de conscience. Elle précise cependant l'obligation d'un médecin qui s'oppose à l'aide médicale à mourir l'obligation de diriger son patient vers un autre médecin.
D'autre part, la Commission ne va pas jusqu'au bout de la question de la « demande anticipée d'aide médicale à mourir » pour une personne atteinte de la maladie d'Alzheimer en la confiant à un comité d'experts. Cette prudence et ce respect ont dicté les travaux de la Commission qui vient de démontrer que l'on peut faire de la politique autrement sans tomber dans les excès de la politique partisane, avec en exergue le désir de servir.