Vulnérables !

Pierre Bergeron
Le Droit

Comme nous voulons ce qu'il y a de mieux pour nos enfants dans les garderies et les écoles, nous désirons aussi ce qu'il y a de mieux pour nos parents lorsqu'ils doivent finir leurs jours dans un centre d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). Comme notre tour viendra, il est normal que nous soyons aussi sensibles au sort de nos aînés lorsqu'ils perdent leurs moyens et nécessitent des soins appropriés à une santé déclinante.

Plusieurs reportages au cours des dernières années, tant au Québec qu'en Ontario, ont mis en évidence de sérieuses lacunes qu'il faut corriger et qui nous font douter de tout le reste. Car il existe toujours le danger de généraliser et de porter des jugements sévères sur un système toujours perfectible, des ressources limitées et des professionnels débordés.

On comprend les familles de manifester leur frustration, leur indignation et leur impatience lorsqu'ils constatent que leurs proches sont victimes de maltraitance, d'indignité et de mauvaise alimentation.

Cependant, afin d'éviter toute dérive, le gouvernement québécois est justifié de resserrer le processus d'évaluation des CHSLD comme s'y est engagé le ministre de la Santé, Yves Bolduc. Plus d'inspecteurs, visites incognito, visites plus fréquentes, évaluation de la qualité de la nourriture, tout cela est très bien. Ce qui étonne, c'est que l'ensemble de ces mesures additionnelles s'élève à 2,5 millions $ sur un budget de 73 milliards $. C'est une portion infinitésimale des dépenses de l'État, au point où on doit se demander comment se fait-il qu'on n'y ait pas pensé avant... que l'on ne jette la lumière de l'opinion publique sur un problème connu.

Il y a quelques jours, des employés du Foyer du bonheur ont refusé de travailler. Par conséquent, des bénéficiaires n'ont pas reçu les soins requis par leur condition. Malgré toutes les justifications, ce geste est impardonnable et immoral. On apprenait en outre que certains CHSLD de l'Outaouais n'auraient pas été visités depuis 2004. Les pénuries de personnel seraient fréquentes et les préposés sont épuisés.

Nous comprenons qu'il n'est pas facile pour le personnel et pour les gestionnaires d'offrir à nos aînés une qualité de soins sans faille. L'objectif est noble mais, en pratique, il est inatteignable. On doit cependant se donner les outils nécessaires pour offrir les meilleurs soins possibles à nos aînés. Or, le président du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet, et le président du Regroupement provincial des comités des usagers, Pierre Blain, affirment avec raison qu'en écoutant les comités de résidents, « presque tous les problèmes pourraient être réglés. »

Bien avant des inspections surprises dans nos CHSLD, le dialogue véritable entre les usagers, les aidants, les préposés et les gestionnaires est sans doute la meilleure assurance contre les dérives, réelles ou perçues, d'un système aussi fragile et vulnérable que ceux et celles qui en sont les bénéficiaires et dont nous ferons un jour partie.

Plus de détails dans LeDroit du 14 mars ou sur ledroitsurmonordi.ca

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