Vers un parti gatinois

L'idée de la formation d'un parti politique municipal mûrit depuis quelques années à Gatineau. Elle s'est développée depuis 2008 autour des réflexions de Projet Gatineau. Une amorce de vision concertée s'est manifestée par cinq candidatures aux municipales de 2009. Ces parentés d'idées se sont exprimées à plusieurs reprises dans les débats des deux dernières années au conseil et se sont traduites par une insatisfaction grandissante à l'endroit du style de leadership de Marc Bureau. Il est maintenant temps de passer aux actes et de quitter l'étape des palabres pour former un parti politique municipal.

Tant qu'elle n'aura pas été testée, cette idée ne sera que discutée dans des colloques comme celui du 1er octobre dernier à l'Université du Québec en Outaouais et devant mener à la création d'un « observatoire urbain ». Il faut donc aller au bout de cette réflexion qui, à n'en pas douter, offre les meilleures chances d'un changement de culture et de discours politique à Gatineau.

Et si ce projet devait se concrétiser, il va de soi que le conseiller de Buckingham, Maxime Pedneaud-Jobin, en soit l'un des architectes puisqu'il a participé activement aux nombreux efforts de remise en question de la façon de faire les choses en développement régional et en politique municipale à Gatineau. Sa formation universitaire, son expérience politique et sa connaissance des réseaux sociaux l'ont bien préparé à porter ce projet à maturité. À deux ans des élections municipales, il est grandement temps d'y aller pour de bon pour en tester la pertinence, la viabilité, l'opportunité et la faisabilité, sinon le prochain rendez-vous sera dans six ans.

Cela ne signifie pas que ce parcours est sans embûches. Le grand Gatineau n'a que dix ans et la culture des anciennes villes est omniprésente. La plupart des débats en sont marqués, car la construction identitaire demeure encore à l'état de projet. Le principal défi d'un futur parti politique municipal ne sera pas tant de développer une pensée unique sur l'avenir de la ville qu'une véritable culture du grand Gatineau, où les acquis des uns ne se calculent pas en pertes des autres, où les projets des uns n'excitent pas l'envie des autres, où il est possible de développer un discours inclusif de l'ensemble sans tomber dans le rejet des particularités d'un territoire immense, où la création d'une nouvelle histoire de Gatineau met à profit la richesse de son passé.

Le conseiller Pedneaud-Jobin veut faire de la politique autrement en formant un parti politique doté d'une vision d'avenir et d'un plan d'action. Il souhaite « inventer un modèle de regroupement politique qui soit à la fois un véritable lieu de débat et de décisions politiques, mais aussi un outil politique qui permet de regrouper les citoyens, de rallier des candidats, d'aller chercher, lors de l'élection, l'appui de la majorité et d'implanter le plan. » Il se demande aussi s'il est possible d'« inventer un parti politique sans que le chef devienne tout puissant », un « véhicule des idées »... « sans tomber dans les dérives des partis traditionnels. »

Tout cela est possible. Ce sont cependant les personnes qui le rendent probable et réalisable. La politique est indissociable des gens qui l'incarnent. Il en va de même d'un parti politique municipal. S'il est souhaitable de lancer un parti politique pour transformer la démocratie municipale, il n'en demeure pas moins que ce parti doit avoir un chef, un programme distinctif, présenter un candidat à la mairie et dans tous les quartiers. Ce sont des réalités auxquelles on n'échappe pas et qui sont porteuses d'autres divisions aussi profondes que celles que l'on veut éviter. Sans être tout-puissant, le chef est incontournable car c'est lui qui incarne le parti, son programme et ses idées dont il est le rassembleur, le fédérateur.

Un autre obstacle est celui de la polarisation naturelle de la vie politique en Outaouais entre souverainistes et fédéralistes. Malgré toute la bonne volonté du monde, la création d'un parti politique gatinois, pour souhaitable qu'elle soit, ne peut faire abstraction de cet héritage de l'autre façon de faire de la politique et des « dérives des partis traditionnels ». Ce qui n'empêche nullement de vouloir essayer. Il n'est pas trop tard.

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