Liberté de religion?

Partager

Politique et religion ont, de tout temps, fait mauvais ménage. On n'a qu'à étudier l'histoire - des persécutions de l'antiquité aux inquisitions médiévales aux intégrismes contemporains - pour dresser une liste terrifiante d'horreurs perpétrées par des États, des organisations ou des individus au nom de Dieu ou contre Dieu, ou encore pour défendre ou attaquer une religion quelconque.

Voilà pourquoi s'impose aujourd'hui, de plus en plus, la neutralité religieuse ou la laïcité des États. Les croyances (ou incroyances) y relèvent désormais, avec les droits d'expression, de réunion et d'association, des libertés fondamentales que garantissent les lois constitutionnelles du pays. Ces droits font notamment partie des chartes canadienne et québécoise.

Les gouvernements ont, bien sûr, l'obligation de respecter tous ces droits et toutes ces libertés, et d'en faire la promotion - au pays et à l'étranger. La question qui se pose, au moment où le premier ministre Stephen Harper vient d'annoncer la création d'un Bureau de la liberté de religion, ce n'est pas tant le principe de l'affaire que l'exclusion apparente des autres droits fondamentaux. Pourquoi avoir ciblé la liberté de religion?

Personne ne peut nier l'existence de minorités religieuses persécutées un peu partout sur la planète, et personne ne s'opposera au redressement de ces injustices. Mais n'y a-t-il pas suffisamment de répression d'opinions, de limitations de liberté de presse, d'atteintes au droit de réunion pacifique ou de liberté d'association - tout aussi graves - pour que le gouvernement Harper crée aussi des «bureaux» à leur intention?

S'il tenait absolument à se dresser en phare mondial de la liberté, pourquoi avoir décidé l'an dernier d'abolir «Droits et démocratie», qui aurait pu continuer d'étendre son filet sur l'ensemble des droits fondamentaux qui forment l'ensemble des valeurs que le Canada s'engage à défendre sur son territoire et à travers le monde ? Privilégier la liberté religieuse (en faisant bien attention de ne pas évoquer l'incroyance ou l'athéisme) donne l'impression d'un gouvernement théocratique.

Dans plusieurs dossiers, y compris l'environnement, les changements climatiques, la criminalité et le recensement, les gouvernements dirigés par Stephen Harper depuis 2006 ont trop souvent fait fi du savoir scientifique et des avis d'experts. La force d'une certaine droite religieuse dans les rangs conservateurs n'y est certes pas étrangère. On a de nouveau l'impression de la voir à l'oeuvre avec le déploiement du Bureau de la liberté de religion, nouvel étendard de leur foi.

La constitution canadienne oblige déjà le gouvernement à tenir compte des libertés fondamentales, y compris la liberté de religion et de croyance, dans son action intérieure et internationale. On n'avait aucun besoin de ce Bureau.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer