Made in France...

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Pierre Allard

Dans son célèbre poème de 1968, intitulé si opportunément Speak White, Michèle Lalonde évoquait « notre parlure pas très propre, tachée de cambouis et d'huile ». Quarante-cinq ans plus tard, dans notre coin français d'Amérique, la langue - tant parlée qu'écrite - reste encore trop souvent entachée d'anglicismes, quand elle n'est pas carrément envahie par l'anglais. Nous ne sommes certainement pas sans péché en matière de correction de langage, et devons en être bien conscients avant d'adresser des reproches aux autres.

Mais il y un « boutte à toute », comme on dirait par chez nous. Parfois il faut élever le ton et rappeler à l'ordre. Dans cette nouvelle ère du langage, en mouvance accélérée sous l'influence de la mondialisation de l'anglais et d'une technologie envahissante, omniprésente, on ne doit surtout pas assister impuissants à l'éviction du français de pans entiers de notre vie quotidienne. La langue française doit conserver sa capacité d'adapter, d'inventer et de propager de nouveaux termes et expressions, de traduire au besoin et même, s'il le faut, d'intégrer des mots étrangers.

Isolée comme le proverbial village gaulois, la nation francophone du bassin du Saint-Laurent fait de vaillants efforts pour dynamiser sa langue à l'aube du xxie siècle mais semble se buter à une relative indifférence dans la mère-patrie européenne. À quoi cela servira-t-il de créer ici des mots comme « courriel » et « pourriel » si la masse des francophones européens continue d'expédier des mails et de se plaindre du spam ? Ce ne sont là que deux exemples mais ils illustrent bien la situation exaspérante de la langue française dans les médias d'outre-Atlantique.

Selon un texte du quotidien Le monde, la commission de terminologie et de néologie de France est dépassée par les événements, et les tentatives de franciser les nouveaux termes (notamment en proposant de remplacer hashtag par « mot-dièse ») constituent parfois « un suicide terminologique ». Passons sur le fait qu'au Québec, on utilise déjà « mot-clic » pour hashtag et que ce néologisme fait son petit bonhomme de chemin...

« Utiliser un anglicisme dans le domaine de l'informatique n'est pas considéré comme une faute. Autant en profiter », peut-on lire dans Le monde. Alors au diable les téléphones intelligents : on ne parle que de smart-phones...

De fait, le problème ne se limite pas au secteur technologique. Un examen sommaire des manchettes des grands quotidiens parisiens suffit pour conclure non seulement à un certain déclin du français, mais à un engouement excessif pour l'anglais. Des sections régulières du Nouvel Observateur portent les titres Newsletters, Challenges, High Tech ou encore Uncle Obs... Les quotidiens publient cette semaine des reportages sur la Fashion Week à Paris... Et que dire de ce titre : « Les Français prêts à payer plus cher pour du Made in France » ! Enfin, comble d'ironie, dans Libération (qui a une section Shopping), on se plaint du French bashing sur le Web...

Entre le success story d'un start-up (entreprise en démarrage), le top score d'un populaire concours télévisé, les jeux vidéos shoot'em up, les exploits des bodybuildeuses, les problèmes des seniors, les auditeurs qui zappent avec leur télécommande ou les touristes voyageant en camping-car (motorisé), on n'en finit plus de lancer au public français des titres et des textes bourrés d'anglais, d'anglicismes ou de franglais. Les médias de France ont-ils la responsabilité, comme ceux d'ici d'ailleurs, d'utiliser et de promouvoir un français de qualité ? Si oui, il ne faudrait pas hésiter à le leur rappeler.

Dans une analyse fort pertinente publiée dans LeDroit, mercredi, le professeur Pierre Calvé, de l'Université d'Ottawa indiquait qu'on pouvait reconnaître le danger d'assimilation, entre autres, par « le fait de trouver la langue seconde plus facile ou plus apte à exprimer ce qu'on veut dire ». N'est-ce pas justement ce phénomène qui se manifeste par l'emploi systématique d'expressions et de mots anglais dans plusieurs grands médias ?

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