Débats identitaires

D'une annéeturbulente à l'autre

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Pierre Allard

La veille de Noël, le quotidien Le Devoir publiait une lettre d'Anthony Housefather, maire de Côte-Saint-Luc, petite municipalité d'environ 30 000 habitants sur l'île de Montréal, qui réclamait pour sa ville le maintien du statut bilingue octroyé, après l'adoption de la Loi 101, aux localités à majorité anglophone. Son argument est simple et va droit au coeur d'un débat qui s'animera - si ce n'est pas déjà fait - à la grandeur du pays.

La question, très simplement, est la suivante. Qui doit être considéré comme anglophone, ou comme francophone ? M. Housefather reconnaît qu'en vertu de la langue maternelle, ses citoyens de langue anglaise ne forment (selon le recensement de 2011) que 42 % de la population. Mais, dit-il, et ce point on doit lui donner raison, plus de 57 % des résidents de Côte-Saint-Luc indiquent l'anglais comme langue d'usage, c'est-à-dire la langue la plus souvent parlée à la maison. Plus de 70 % déclarent l'anglais comme première langue officielle parlée. Et peu importe le critère employé, il n'y a pas plus de 17 % de francophones dans ce petit coin de l'île de Montréal.

Pendant ce temps, à l'extérieur du Québec, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) affirmait récemment, devant le CRTC, représenter « 2,6 millions de francophones au pays ». Est-il question ici de langue maternelle ? Non, en vertu de ce critère, on dépasse à peine le seuil du million de francophones hors-Québec. La langue d'usage ? Certainement pas... Seulement 611 000 personnes parlent le plus souvent le français à la maison dans les provinces à majorité anglaise. Pour arriver à plus de 2 millions et demi, il faut aussi compter tous les anglophones capables de soutenir une conversation en français.

Techniquement, la FCFA a raison... comme la maire de Côte-Saint-Luc. Un anglophone qui sait parler français est aussi francophone. Le problème, c'est que les anglophones pourraient nous jouer le même tour et compter comme les leurs tous les francophones qui peuvent soutenir une conversation en anglais (trois millions ?). À ce rythme, tous les bilingues étant partout comptés en double, le total des anglophones et des francophones finira par être supérieur à la population totale du pays...

Revenons donc à la question de base. Comment définir l'appartenance linguistique au Québec et dans les autres provinces canadiennes ? Aucun critère ne permet d'arriver à une appréciation juste. Des centaines de milliers de personnes ayant le français comme langue maternelle ne le parlent à peu près plus. Et de nombreux citoyens déclarant l'anglais comme langue d'usage sont réellement francophones, l'anglais s'imposant à la maison uniquement par la présence d'un conjoint unilingue. Par ailleurs la connaissance d'une langue officielle n'indique en rien l'usage qu'on en fait... ou qu'on n'en fait pas...

Un élément ressort clairement dans la comparaison des argumentaires. Les anglophones auront désormais tendance à utiliser les données du recensement pour démontrer leur force réelle d'attraction et d'assimilation, tandis que les francophones (même dans certaines régions du Québec) s'en serviront le plus souvent pour masquer les faiblesses démographiques. Et de la réponse éventuelle des gouvernements aux définitions identitaires dépendront des décisions et des politiques en matière de protection de la langue française et de droits des minorités, tant à Québec qu'à Ottawa.

L'année 2012 a été turbulente sur le front linguistique. L'année 2013 s'annonce tout aussi agitée, avec le débat imminent sur les modifications à la Loi 101 à l'Assemblée nationale et le renouvellement des engagements fédéraux envers les minorités par l'entremise de la Feuille de route pour la dualité linguistique. L'un et l'autre seront des éléments déterminants pour l'avenir de la langue française au Canada et la configuration politique future du pays.

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