Un débat opportun

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Pierre Allard

Les modifications proposées la semaine dernière par le gouvernement Marois à la Charte de la langue française (Loi 101) auront au moins un mérite, celui de faire le point sur la volonté des Québécois de prendre ou pas les mesures requises pour assurer une protection et une promotion efficaces du français. Il semble toujours y avoir un large consensus sur le principe du français langue commune, et pourtant, dès que des mesures concrètes sont proposées, ce consensus apparent vole vite en éclats. Peut-être le temps est-il venu de poser la question la plus souvent contournée dans ce débat: veut-on vraiment d'un Québec français ?

L'impression laissée par les interventions des porte-parole du Parti libéral et de la Coalition Avenir Québec, c'est, grosso modo, que le français se porte assez bien au Québec (il n'y a donc pas lieu de légiférer pour le protéger davantage) et que la connaissance de l'anglais dans des milieux de travail de plus en plus bilingues est devenue incontournable pour les prochaines générations de francophones. Pourquoi alors brasser la cage et risquer de menacer «la paix linguistique»?

L'argument est séduisant si on accepte ces prémisses, mais sont-elles fondées? Une lecture attentive des données linguistiques du recensement de 2011 démontre que la dynamique linguistique favorise la progression de l'anglais dans la moitié des régions et localités du sud-ouest du Québec, y compris à Montréal, Laval et Gatineau, trois des quatre plus grandes villes de la province. À certains endroits, y compris le Pontiac, la vallée de la Gatineau, l'ouest de l'île de Montréal et la Couronne sud-ouest de la métropole, on constate même une assimilation quantifiable des francophones !

Quant à la langue de travail, ne nous sert-on pas le même argumentaire, avec nuances d'époques, depuis plus d'un demi-siècle? La preuve a été faite dès les années 1960 que nos ingénieurs et ouvriers pouvaient construire des barrages en français, et malgré les sombres prédictions lors de l'adoption de la Loi 101 en 1977, les moyennes et grandes entreprises du Québec ont réussi à obtenir des certificats de francisation sans que le ciel ne leur tombe sur la tête. N'y a-t-il pas un air de déjà-vu dans l'invocation des tracasseries bureaucratiques et d'un risque de compétitivité affaiblie pour s'opposer à la francisation des entreprises de 26 à 49 employés?

L'attrait supérieur de l'anglais chez les allophones est confirmé d'un recensement à l'autre malgré des progrès du français, largement dus aux effets de la Charte de la langue française. Mais peut-on blâmer les nouveaux arrivants d'être si souvent attirés par l'anglais? Québec les recrute en leur promettant d'immigrer vers une société où ils pourront vivre et travailler en français, et dès leur arrivée, ils constatent que la connaissance de l'anglais est de plus en plus exigée à l'emploi, et que leurs enfants devront subir un apprentissage intensif de la langue anglaise dès l'école primaire. Pas surprenant que leur intégration ne corresponde pas toujours aux attentes...

Minoritaire à l'Assemblée nationale, la ministre Diane De Courcy a proposé un projet somme toute modéré de réforme de la Charte de la langue française. Elle n'a pas modifié les critères d'admission aux cégeps de langue anglaise. Elle n'a même pas osé toucher au projet d'anglais intensif en sixième année. Elle a évité de perturber les petites entreprises de 25 employés et moins. Elle a colmaté certaines brèches dans la loi existante, et proposé de donner un statut quasi constitutionnel au droit de vivre en français au Québec. On ne sait trop ce que cette dernière mesure pourra donner, mais la seule perspective d'offrir à chaque citoyen le droit de devenir une «sentinelle de la langue» fait déjà bondir des adversaires au Québec et au Canada anglais.

Quoiqu'il en soit, la question reste posée. Veut-on vraiment d'un Québec français? Si la réponse est oui, on renforcera la Loi 101. Sinon... well, let's think it over...

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