Sondage révélateur

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Pierre Allard

Existe-t-il un mot plus galvaudé que «bilinguisme» dans le contexte canadien?

Non seulement l'emploie-t-on à toutes les sauces, mais son sens et sa portée restent souvent imprécis, en plus de varier selon la géographie. Enrichissement linguistique et culturel pour certains, attrait économique pour d'autres, élément central des enjeux liés aux droits linguistiques, menace identitaire et irritant perpétuel pour plusieurs, une seule conclusion s'impose clairement: le concept demeure plus populaire chez les francophones que chez les anglophones.

Le tableau brossé dans un sondage de Patrimoine canadien, dévoilé par LeDroit cette semaine, est riche en contenu et lourd d'avertissements. Le constat général d'Anglo-Canadiens moins attachés que «nous» au bilinguisme et à la dualité linguistique ne surprend guère. C'est une réalité avec laquelle les francophones, tant au Québec que dans les autres provinces, doivent composer depuis la création de la fédération. Le recensement de 2011 révélait d'ailleurs récemment que le bilinguisme anglais-français était à la baisse partout, sauf au Québec.

Le rapport de la maison de sondage TNS Canadian Facts s'inquiète des conséquences éventuelles pour l'unité nationale et la paix linguistique de certains écarts d'opinion entre francophones et anglophones. On souligne notamment le fait que 80% des répondants francophones au sondage (contre 42% des anglophones) croient l'avenir du français menacé au Canada, et que moins de la moitié des francophones (contre 67% des anglophones) jugent le gouvernement fédéral efficace dans ses efforts de protection du français.

Sans nier les effets possibles pour l'avenir du pays de tous les contrastes et nuances - il y en a pour une cinquantaine de pages dans le rapport du sondage - entre Québécois et Canadiens des autres régions, entre francophones et anglophones, sont-ce là vraiment les grandes préoccupations qui s'imposent? Ne faudrait-il pas s'interroger d'abord sur le bien-fondé des craintes exprimées pour la survie de la francophonie pancanadienne, et sur les conséquences identitaires possibles de l'attachement massif des francophones au bilinguisme?

Statistique Canada, dans certaines études détaillées, a plus d'une fois peint un portrait d'une société hors Québec largement unilingue anglaise et d'un Québec de plus en plus bilingue, surtout dans la métropole et en Outaouais, avec quelques zones frontalières bilingues en Ontario et au Nouveau-Brunswick. Les recensements successifs démontrent que dans ces zones frontalières, la majorité des francophones sont bilingues et que certains taux d'assimilation atteignent des niveaux inquiétants, entre autres à Ottawa.

Dans un contexte où la connaissance de l'anglais est souvent requise, particulièrement pour certains types d'emploi, on peut comprendre - mais aussi s'inquiéter - que 94% des Québécois et des francophones ayant répondu au sondage de Patrimoine canadien croient que tous les élèves doivent sortir bilingues de l'école secondaire. Les Anglo-Canadiens n'ont pas le même engouement... Cela explique sans doute en partie pourquoi le gouvernement du Parti québécois n'a pas osé toucher au programme d'anglais intensif en sixième année. Il le sait populaire.

Le bilinguisme (ou le plurilinguisme) constitue un enrichissement personnel et collectif quand il est voulu et consenti, et quand il sert. Le bilinguisme imposé aux francophones par le contexte social, économique et politique canadien a eu tendance à appauvrir le français et à favoriser une transition vers l'adoption de l'anglais comme langue première. L'ACFO Ottawa-Carleton, dans un sondage de 1995, a découvert que les jeunes francophones de 18-24 ans, lorsqu'interrogés sur leur identité, se disaient plus souvent «bilingues» que Franco-Ontariens ou Canadiens-français comme les générations précédentes.

Sommes-nous à proximité d'un carrefour identitaire majeur? Patrimoine canadien vient de nous offrir quelques éléments de réponse.

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