Le boulevard Gréber

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Pierre Allard

À moins de consentir à d'importantes améliorations sans tarder, le geste le plus approprié que pourrait poser la Ville de Gatineau pour honorer le célèbre urbaniste Jacques Gréber - éloquent promoteur de parcs et d'espaces verts dans la région de la capitale - serait de désassocier immédiatement son nom du boulevard qu'on a nommé à sa mémoire. Il mérite mieux que quelques kilomètres pour le moins inesthétiques d'asphalte, de béton et de commerces.

Sans doute consciente de cette pollution visuelle autant que du vieillissement des infrastructures et de la sécurité des usagers, Gatineau a commandé un rapport qui propose pour le boulevard Gréber un plan d'embellissement et de modernisation dont il a bien besoin. Et la facture anticipée d'une vingtaine de millions de dollars, sans doute étalée sur plusieurs années et (espérons-le) partagée, apparaît éminemment raisonnable si cette artère majeure devient plus conviviale, attrayante et sécuritaire pour automobilistes, cyclistes et piétons.

Le boulevard Gréber, faut-il rappeler avec insistance, demeure l'un des trois seuls grands accès routiers entre l'ancienne Ville de Gatineau et le centre-ville, avec l'autoroute 50 et le pont Alonzo-Wright. Prenant son départ dans un secteur patrimonial qui remonte aux origines de Pointe-Gatineau, le tronçon quatre voies se termine aux abords des Promenades de l'Outaouais, du boulevard Maloney et du nouveau Rapibus. Il abrite pêle-mêle des centaines de commerces de tous genres et de toutes façades dans un environnement presque entièrement privé de verdure.

Comme spectacle, tant pour les citoyens de la ville que pour les visiteurs, c'est plutôt gênant. Cela donne l'impression d'une ville qui se soucie peu de l'apparence de ses principales rues commerciales, ou qui se ferme les yeux devant un développement sauvage. Évidemment, le conseil municipal actuel n'a pas à en porter le blâme. Le boulevard a pris ses mauvais plis à une autre époque, il y a plus d'un demi-siècle, dans l'ancienne ville de Pointe-Gatineau. Cependant, les élus de 2012 seront responsables de ce qui se fera - ou de ce qui ne se fera pas - dans les années qui viennent.

On peut comprendre les craintes financières devant les inévitables gonflements des coûts et les possibilités d'une aide insuffisante des gouvernements supérieurs. Et on peut comprendre les préoccupations des commerçants, qui savent qu'ils devront faire leur part et qui ont vu péricliter les chiffres d'affaires d'autres détaillants sur le boulevard Maloney et le boulevard Gréber quand des travaux routiers ont éloigné des milliers de clients. Ces craintes sont fondées et il faudra tricoter une stratégie qui permettra d'éviter les écueils du passé.

Une chose est sûre, cependant. Si ces craintes étouffent toute initiative, rien ne se fera, le boulevard Gréber continuera d'étaler toutes ses déficiences et la facture éventuelle qu'on refilera à de futurs élus coûtera encore plus cher.

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