Les États généraux

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Pierre Allard

«En 1900, bien rares étaient ceux qui, dans la ville d'Ottawa, cultivaient contre vents et marées de rares et pâles fleurs de la pensée française; en 1950, c'est toute une armée de manoeuvres, d'artisans, de techniciens, de spécialistes, de gens de lettres qui s'adonnent à ce travail et préparent, pour leurs descendants, un somptueux jardin qui rappellera, à certains égards, ceux de la France elle-même.»

Ainsi s'exprimait au milieu du XXe siècle le célèbre historien Séraphin Marion, lui-même originaire de la capitale, quand la revue Vie française l'invita à brosser un tableau de la francophonie à Ottawa. M. Marion ne manifesta pas le même enthousiasme à partir des années 1960, mais le paysage linguistique de 1950 autorisait en effet de grands espoirs.

Les francophones représentaient 25% de la population d'Ottawa et formaient dans différents quartiers (Basse-Ville, Hintonburg), ainsi que dans la ville enclavée d'Eastview (Vanier), des communautés relativement homogènes où le français était la langue commune. Un dynamique réseau paroissial, scolaire et associatif, soutenu par une forte croissance démographique, venait renforcer ces espaces francophones.

Puis s'est abattue, en cascade, pendant quelques décennies, une série d'événements qui ont tout bouleversé: l'arrivée de la télévision, la chute du taux de natalité, la laïcisation, l'expansion de l'administration fédérale au Pré Tunney, la rénovation de la Basse-Ville, l'éclatement subséquent des quartiers de langue française, la tendance à la dispersion des francophones vers l'est et l'ouest, la croissance de l'exogamie.

Aujourd'hui, menacée par un taux d'assimilation qui frise le tiers, la population francophone constitue 14% de l'effectif de la capitale et se retrouve minoritaire dans tous les quartiers de la ville. La présence d'un fort contingent de francophiles bilingues chez les Anglo-Ottaviens et d'une majorité francophone à Gatineau vient un peu sauver la mise, mais tous conviendront que l'avenir reste préoccupant.

Aussi le temps est-il opportun de faire le point, de dresser un bilan réaliste, d'identifier des priorités, de se donner des objectifs et, surtout, de les réaliser. Les États généraux de la francophonie d'Ottawa, qui rassembleront des centaines de participants samedi et dimanche, permettront d'amorcer ce processus.

Ce projet original, qui a donné lieu depuis janvier 2012 à différentes consultations, notamment par le biais de cafés citoyens dans différents secteurs de la ville, a déjà permis aux organisateurs d'entendre les opinions, les doléances et les espoirs de plus de 750 résidents francophones d'Ottawa et de la région. Le sommet de cette fin de semaine s'appuie donc sur du solide.

Certains espaces francophones traditionnels - territoriaux, religieux, familiaux et autres - étant hypothéqués, les participants devront accentuer les forces existantes, et innover. À l'exception de l'universitaire, le milieu scolaire constitue l'espace francophone le mieux structuré et le plus puissant soutien identitaire. Le milieu associatif offre aussi des ressources dynamiques.

Les cafés citoyens ont mis en lumière, entre autres, le besoin de créer des lieux francophones additionnels dans des centres communautaires, d'enrichir les services de garde en français, de promouvoir le français en milieu de travail et de renforcer l'offre publique et privée de services en français pour faire la preuve «qu'il est encore possible de travailler et de vivre en français dans la région».

Quelles que soient les décisions prises aux États généraux, les défis seront collectifs et l'organisation des États généraux a bien vu, ces derniers mois, que «les gens sont difficiles à rejoindre». À cet égard, cependant, les francophones de 2012 ont un net avantage sur leurs aïeux de 1900 et de 1950: Internet. Il est possible de créer aujourd'hui, autour des médias sociaux, des espaces francophones virtuels qui peuvent servir à sensibiliser et mobiliser la population francophone autour de projets concrets. À l'oeuvre!

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