Les organismes de la francophonie canadienne hors-Québec ont toujours eu des rapports particuliers avec les gouvernements du Parti québécois, attirés par l'engagement ferme des souverainistes en faveur de la promotion du français et rebutés par la perspective d'une indépendance qui les laisserait orphelins.
Cela ne les avait jamais empêchés de collaborer, toutefois. L'ancienne Fédération des francophones hors-Québec (FFHQ) entretenait de bons rapports avec le gouvernement de René Lévesque au début des années 1980, et c'est sous Jacques Parizeau que Québec a élaboré en 1995 sa première politique à l'égard de la francophonie pancanadienne.
En 2006, le gouvernement Charest avait mis cette politique à jour, avec l'intention, exprimée par le ministre Benoît Pelletier, que le Québec exerce « un leadership rassembleur » en tenant compte « des aspirations de nos partenaires francophones du Canada ». Avec le départ de M. Pelletier en 2008, les francophones hors-Québec ont perdu un ardent défenseur et un interlocuteur de poids. L'élan n'était pas brisé, mais les minorités francophones réitéraient encore en mai 2012 leur souhait que les Québécois apprennent à mieux les connaître.
Or, voilà que tout à coup, la donne change. De nouveaux acteurs entrent en scène à Québec. Et derrière les manchettes alarmistes de la presse anglo-canadienne, le programme électoral du Parti québécois se fait rassurant pour les francophones hors-Québec. Seul des trois grands partis à inclure un chapitre sur la francophonie nord-américaine dans sa plate-forme, le PQ promet d'actualiser la politique de 2006 « en vue de renforcer les liens unissant les francophones du Canada et la nation acadienne ». Mme Marois a même abordé cette question dans son bref discours au Métropolis, le soir de l'élection.
Le PQ propose aussi aux étudiants francophones des autres provinces de fréquenter les universités québécoises au même prix que les résidents du Québec, et de leur assigner un programme spécifique de prêts et bourses.
La Fédération des communautés francophones et acadiennes (FCFA) a sans doute pris bonne note de tout cela dans sa réaction positive au résultat de l'élection, demandant du même coup à la nouvelle première ministre de nommer un ministre responsable de la francophonie canadienne.
S'il n'est pas pressenti pour un autre mandat, Bernard Drainville, une des vedettes du parti, pourrait être tout désigné pour de telles fonctions. M. Drainville connaît bien la situation des minorités, ayant été, dans les années 1980, président de la Fédération des étudiants de l'Université d'Ottawa et président de la Fédération des étudiants de l'Ontario. Il avait même représenté les étudiants ontariens à un colloque de la FFHQ sur l'enseignement postsecondaire en langue française à l'extérieur du Québec, en 1985. Il a par la suite été journaliste à Windsor de 1989 à 1991.
Les minorités francophones pourraient ainsi retrouver au sein de l'équipe Marois un interlocuteur privilégié, et, advenant la nomination de M. Drainville au cabinet, un ministre capable de comprendre les défis communs que doivent relever la majorité francophone du Québec et les communautés francophones des autres provinces.
Denis Vaillancourt, président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, a noté à juste titre l'expertise des minorités en matière d'anglicisation, un problème auquel Mme Marois doit faire face à Montréal et en Outaouais. Voilà un domaine où les minorités peuvent offrir des conseils au Québec, entre autres sur le projet de bilinguisation des écoles en 6e année.
Plus que jamais, les minorités ont besoin du Québec, mais l'occasion est belle pour ce dernier d'apprendre aussi de l'expérience des minorités.