En laissant « ouverte » la question d'un référendum éventuel sur l'indépendance durant son premier mandat, Mme Marois donne soit l'impression d'un agenda caché, soit une apparence d'indécision résultant de frictions internes. Il n'en fallait pas plus pour que le premier ministre sortant en fasse un cheval de bataille, évoquant le spectre d'un échéancier référendaire qu'il sait impopulaire, et assurant - tradition oblige - que le PQ mènerait le Québec tout droit au chaos ! Dans les circonstances, qui peut l'en blâmer ?
Mais il y a pire. Le Parti québécois aurait inclus en marge de son programme la possibilité de référendums « sectoriel ». Ciel, quelle expression sordide ! Ainsi, confronté à une impasse avec Ottawa dans un domaine de compétence contestée - la portée de l'application de la Loi 101 par exemple - Québec pourrait chercher à obtenir l'appui de la population par un référendum sur ce seul enjeu et ainsi espérer augmenter son rapport de forces face au gouvernement fédéral. Ici, le PQ se tire carrément dans le pied.
Si on y ajoute la possibilité de référendums d'initiative populaire, auxquels le Parti québécois se dit réceptif, les électeurs ont des motifs raisonnables de craindre de vivre pendant des années dans un climat préréférendaire, référendaire ou post-référendaire, sous la menace constante d'un appel au peuple, général ou sectoriel. C'est assez pour effrayer une « majorité silencieuse » apathique et déjà allergique, selon les sondages, au simple fait d'aller voter tous les quatre ans.
Dans l'état actuel des choses, le PQ aurait eu avantage à écarter toute démarche référendaire rapprochée advenant son élection au gouvernement, le 4 septembre. Le Québec a d'abord besoin de mettre de l'ordre dans sa maison - régler le conflit étudiant dans l'intérêt de tous, mettre fin aux occasions de corruption, redonner au français une primauté qui s'est érodée, assurer une saine gestion de l'environnement et de l'économie, et tenir tête à un pouvoir fédéral qui gouverne à contre-courant du Québec. Rien de tout cela ne se réglera à court terme par référendum.
Mme Marois ne peut balayer cette question sous le tapis. MM. Charest et Legault auront beau jeu de tourner le fer dans la plaie tous les jours, et ne s'en priveront pas. Ils pourraient même en rajouter en évoquant le coût d'un référendum, un peu inférieur à celui d'une élection, mais pouvant dépasser les
60 millions $. Ces sommes seraient bien mieux affectées, dans l'immédiat et à moyen terme, aux priorités du Québec en santé et en éducation, y compris à la bonification du financement aux universités.
Personne ne peut reprocher au PQ de vouloir atteindre son objectif de souveraineté. C'est sa raison d'être. On ne manquerait pas, au contraire, de le vilipender s'il semblait le renier. Mais le Parti québécois propose aussi, en attendant, un programme de gouvernement et une équipe de candidats qui n'ont rien à envier à ceux de ses concurrents. En laissant flotter un flou autour de l'échéance référendaire, Mme Marois s'attache une main derrière le dos et affaiblit sérieusement ses chances de réussite électorale, même si la victoire reste à sa portée.
À moins d'imprévus majeurs, le régime fédéral actuel offre au PQ une marge de manoeuvre largement suffisante pour pouvoir gouverner pendant quatre ans sans avoir à soumettre la population québécoise à l'épreuve référendaire. Au PQ de choisir...