Bien sûr, il faut déplorer les accrocs, et ils sont nombreux : budgets outranciers, politisation excessive, commercialisation tous azimuts, dopage incessant d'athlètes, menaces à la sécurité, inégalité des femmes dans certains pays et bien plus. Tous les Jeux de l'ère moderne ont eu droit à leur lot de louanges et de critiques et Londres ne fera pas exception.
Faut-il rappeler que le fondateur de nos Jeux, Pierre de Coubertin, malgré toutes ses qualités, s'opposait fermement à la participation des femmes. « Le seul véritable héros olympique est le mâle individuel, une olympiade femelle est impensable, elle serait impraticable, inesthétique et incorrecte », écrivait-il. Au regard d'une telle déclaration, régler les différends autour du port du voile islamique paraît moins formidable comme défi.
À ceux qui se sentiront incommodés par la présence de policiers et militaires, il y aurait peut-être lieu de souligner que trois rendez-vous olympiques - 1916, 1940 et 1944 - ont été annulés parce que l'humanité s'entretuait durant deux guerres mondiales, que les Jeux de Berlin de 1936 avaient été confiés au plus sinistre meurtrier de l'histoire de l'humanité, Adolf Hitler, et qu'au moins une autre olympiade, celle de Munich en 1972, a été marquée à jamais par des attentats sanglants. Les Jeux ne sont jamais tout à fait à l'abri de la violence.
En 1976, l'apartheid en Afrique du Sud avait été à l'origine d'un boycott des Jeux de Montréal par plus d'une vingtaine de pays africains. En 1980, pas moins d'une cinquantaine de pays s'étaient abstenus de participer aux Jeux de Moscou à cause de l'invasion de l'Afghanistan par l'Union soviétique. En 1984, une quinzaine de pays du bloc communiste, en guise de représailles, a fait faux bond aux Jeux de Los Angeles. Au début du xxe siècle, à peine une douzaine de pays envoyaient des délégations aux Jeux. Cette année, il y en aura 204 ! Le fait que toute la planète, ou presque, soit aujourd'hui représentée à Londres incarne l'espoir d'un certain progrès de l'humanité.
Les dérapages britanniques en matière d'interdiction des réseaux sociaux (tant pour les athlètes que pour les bénévoles) étaient à prévoir, les États et les grandes organisations mondiales étant débordés par ce nouveau phénomène qu'ils ne parviennent pas à maîtriser. Ils découvriront vite que Facebook et Twitter souffrent mal d'un contrôle excessif et il y a fort à parier que les prochains Jeux Olympiques adopteront une approche plus réaliste.
Hier soir, lors des spectaculaires cérémonies d'ouverture, il était difficile d'échapper à la magie du moment, alors que les athlètes défilaient et que le stade vibrait au rythme musical et visuel du méga-spectacle. Pour ces quelques heures, et par la suite tout au long des Jeux, Israéliens et Iraniens, Américains et Cubains, des athlètes de tous les continents, de toutes couleurs politiques, croyants et incroyants, sont réunis sous les cinq anneaux de la bannière olympique. Cette unité, cette solidarité, il en restera quelque chose à leur retour.
Faut-il faire la trêve des critiques, le temps des Jeux, pour mieux les apprécier ? Non, bien sûr. Tout excès doit être révélé et dénoncé sans hésitation. Mais ne pourrait-on pas aussi faire la part des choses, considérer les progrès réalisés depuis plus d'un siècle, situer les problèmes dans le contexte d'une évolution qui comporte sa juste part de soubresauts et de replis ? Pendant deux semaines, jusqu'au 12 août, la scène appartient à ces athlètes, hommes et femmes, qui ont mis des années d'efforts pour se préparer à une participation olympique. Pour un bref moment, seul comptera le sport et le monde entier doit applaudir.