Dangereux remède

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Pierre Allard
Le Droit

En octobre 1970, dans ce qui fut sans doute l'un des pires abus de pouvoir de l'histoire du pays, des centaines d'innocents ont été arrêtés et emprisonnés sans mandat par des corps policiers qui, agissant sous l'autorité de la Loi sur les mesures de guerre, n'avaient plus besoin de mandat ou de motif pour coffrer les adversaires du régime. Ces personnes, qui n'avaient commis aucun crime, ont été ciblées à cause de leur affiliation politique, leur engagement social ou leurs opinions.

Or, voilà qu'aujourd'hui, dans un contexte fort différent, se dresse de nouveau le spectre d'arrestations et d'interpellations collectives pour des motifs douteux sous le couvert brouillardeux d'une loi répressive. Le conflit étudiant devenu crise sociale a placé les autorités policières dans une situation difficile. Entre l'obligation de défendre l'ordre public et celle de respecter les libertés, elles devaient marcher sur une corde raide. Et quand on regarde l'ampleur sans précédent des manifestations survenues au cours des derniers mois, l'impression laissée dans le feu de l'action, au-delà d'occasionnels incidents regrettables, est celle d'un boulot relativement bien fait.

Par contre, à l'approche du Grand Prix de Formule 1, à Montréal, en fin de semaine dernière, les policiers ont procédé à plus d'une trentaine d'arrestations « préventives » et porté une attention excessive aux citoyens, jeunes et moins jeunes, qui osaient se balader sur la voie publique en portant un carré rouge. Ils se sont défendus d'avoir fait du profilage politique, mais c'en était. Le chef de police de Montréal a affirmé qu'il n'y avait pas eu de fouilles ou d'interpellations « systématiques » de « gens qui arboraient le carré rouge ». Elles n'étaient pas systématiques, mais il y en a eu...

Qu'un policier veuille vérifier le contenu du sac à dos d'un type plus ou moins masqué qui se dirige vers une manifestation, cela peut se comprendre. Et si l'on y trouve des pierres ou des pièces pyrotechniques, qu'on les saisisse. Mais notre système de droit repose sur la présomption d'innocence et, sauf de rares exceptions prévues au Code criminel, il n'est pas permis d'arrêter et de détenir un ou plusieurs individus pour des délits qu'ils n'ont pas encore commis. Cela peut sembler ridicule à certains, mais bien pires seraient les conséquences d'un régime où l'arrestation préventive serait élargie.

Quant au carré rouge, symbole de la résistance étudiante à la hausse des frais de scolarité et de l'opposition plus générale à la Loi 78, l'arborer constitue une expression d'opinion légitime et légale, protégée par la Constitution. Associer le carré rouge à l'intimidation et à la violence est politiquement irresponsable, et toute interpellation policière ayant pour motif un soupçon fondé sur le simple affichage du carré rouge est illégale.

En situation de crise, les dérapages - tant chez certains policiers que chez certains manifestants - sont sans doute aussi inévitables que regrettables. Mais le remède ne doit pas être pire que le mal. Les arrestations collectives et préventives nous engagent sur une pente dangereuse.

Feu Mechanicsville

Situé immédiatement à l'ouest des plaines LeBreton, le secteur Mechanicsville d'Ottawa abrita jadis une vibrante communauté francophone. Il y a une soixantaine d'années, le gouvernement fédéral entreprit de construire au pré Tunney, adjacent, un immense complexe d'édifices fédéraux qui devait signer l'arrêt de mort des quartiers voisins. En une seule génération, les maisonnettes ouvrières canadiennes-françaises ont commencé à céder la place à des blocs d'appartements qui permettraient à des fonctionnaires de vivre plus près de leur lieu de travail.

Aujourd'hui, l'ancienne communauté a presque disparu. Plusieurs des maisons centenaires sont délabrées. Mais ce petit quartier fait partie du patrimoine d'Ottawa et mérite d'être sauvegardé. Le gratte-ciel de 28 étages que risque d'autoriser la ville d'Ottawa tuera le peu de ce qui en reste.

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