Une journée des patriotes en Ontario ?

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Pierre Allard
Le Droit

Lundi, le Québec fêtera la Journée nationale des patriotes pendant que l'Ontario, sans trop savoir pourquoi, continuera de célébrer la traditionnelle fête de la reine (Victoria, pas Élizabeth). De fait, chez les Ontariens, ce congé férié ne sert qu'à offrir au public une longue fin de semaine fort appréciée au mois de mai. Mais il pourrait en être autrement...

Cette année marque le 175e anniversaire des rébellions de 1837 au Bas-Canada (le Québec actuel) et au Haut Canada (l'Ontario). Le gouvernement Harper a choisi d'investir dans le 200e de la guerre de 1812, beaucoup mieux adapté à la promotion de la symbolique royaliste et militaire qu'il fait sienne. Cependant, pour l'avènement de la démocratie au Canada, les insurrections de 1837 constituent le moment clé !

Les événements au Québec sont mieux connus. L'histoire des Patriotes, leur drapeau et les noms de leurs chefs, notamment Louis-Joseph Papineau et Jean-Olivier Chénier, ont été transmis de génération en génération et conservent aujourd'hui tout leur attrait. Il serait surprenant que la majorité des Ontariens se souviennent avec autant d'acuité des hauts faits de William Lyon Mackenzie et de ceux qui l'ont soutenu.

Ancien député à l'Assemblée législative du Haut Canada, premier maire de Toronto, Mackenzie avait mené la lutte contre une oligarchie coloniale - appelée « family compact » - qui faisait fi des élus, qui accaparait les terres publiques et les postes de gouvernance, et qui réprimait par la force les mouvements de résistance. Après des années de vaines protestations, une insurrection a eu lieu en 1837.

Comme au Bas-Canada, la répression a été dure. Des chefs patriotes ontariens, Samuel Lount et Peter Matthews, ont été pendus sur la rue King, en plein centre de Toronto, accusés de haute trahison. D'autres rebelles ont été mis à mort à London, Windsor et Kingston. D'autres ont été emprisonnés ou exilés en Australie.

Pour un bref moment, il y a eu un mouvement de solidarité entre les Anglo-Ontariens et les francophones du Québec. Lors d'une grande assemblée à Toronto, les réformateurs avaient juré de faire cause commune avec leurs concitoyens du Bas-Canada. Les plus radicaux avaient même tenté de créer une république du Canada dotée d'un drapeau à deux étoiles - une pour le Québec, l'autre pour l'Ontario.

Ces rébellions entreprises en 1837 ont été la cause directe de l'octroi du gouvernement responsable et de la démocratie dans la décennie suivante. Pour le Québec, ce fut la première affirmation d'un projet d'État français en Amérique du Nord. Au Haut Canada, l'insurrection sonna le glas de la clique gouvernante et jeta les bases des institutions politiques démocratiques de la future province de l'Ontario.

Au Québec, les patriotes ont désormais leur journée, mais pas ceux de l'Ontario. N'est-il pas grand temps que l'Assemblée législative ontarienne rende un hommage bien mérité aux rebelles de 1837 ? Pourquoi ne pas, comme le Québec, faire du lundi de la longue fin de semaine de mai la journée des réformateurs de 1837, ou encore la journée William Lyon Mackenzie ? Au moins la fête aurait un sens...

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