Pourquoi et comment changer un nom de rue?

Pierre Allard

Pourquoi change-t-on un nom de rue ? Comment le change-t-on ? Voilà des questions auxquelles Gatineau devra répondre avant d'accepter ou rejeter la demande de rayer le nom d'Amherst des rues de la ville et de le remplacer par Bernard-Assiniwi.

Aucun nom de rue n'est sacré ou éternel. L'histoire s'écrit et se réécrit à tous les jours. Plusieurs noms de rues et de lieux qu'on nous a légués - imposés par les décideurs d'une autre époque - n'auraient pas été choisis par la génération actuelle. Et bon nombre de ceux que nous adoptons aujourd'hui ne trouveront pas faveur chez nos arrière-petits-enfants.

Modifier le nom d'une rue n'est pas une mince affaire dans une ère où les lettres qui nous sont adressées quotidiennement, les multiples cartes qui nous identifient et la plupart de nos documents officiels portent notre adresse postale. Pour les résidants, il faudra des mois, parfois des années, avant que ne disparaissent toutes les traces de l'ancien nom de rue. Des milliers de Gatinois ont vécu l'aventure lors de l'élimination, après la fusion de 2002, des noms en double et en triple dans la nouvelle ville. Qu'on puisse effectuer de nouveaux changements, soit. Mais cela doit être réservé à des cas exceptionnels.

Jeffrey Amherst n'était certes pas un savoureux personnage. Il a effectivement proposé de transmettre le virus de la petite vérole aux Autochtones qui assiégeaient le Fort Pitt (aujourd'hui Pittsburgh), en Pennsylvanie, vers 1763, en leur donnant des couvertures infectées. Auparavant, à une époque plus glorieuse pour lui, Amherst commandait les troupes britanniques au Canada, au moment de la capitulation de Montréal en 1760. C'est sans doute cet exploit qui l'a immortalisé dans les rues de différentes villes. Doit-on aujourd'hui le rayer de nos panneaux routiers ? Peut-être. Peut-être pas. Les avis sont partagés et les arguments sont valables de part et d'autre.

De là, l'importance d'une procédure claire pour régler des demandes de modifications, pour quelque raison que ce soit. Cette semaine, un groupe de travail de Gatineau a proposé un mécanisme, à prime abord trop complexe et lent, mais en principe équitable. En vertu de cette politique, on aurait pu demander un changement de nom pour honorer l'auteur Bernard Assiniwi, mais en respectant certaines procédures, commençant par une pétition des deux tiers des propriétaires et résidents visés par le changement. Cette exigence est raisonnable compte tenu des effets d'une telle décision.

Par la suite, la demande serait soumise au Comité municipal de toponymie, qui pourrait solliciter l'opinion des organismes et individus intéressés avant de faire rapport aux services municipaux concernés. Suivraient une consultation publique et des avis aux résidants, avant que le conseil municipal ne soit appelé à décider. L'essentiel de la collecte d'information et des échanges d'opinion se ferait alors - et c'est tant mieux - au Comité de toponymie. Le conseil aurait à se prononcer sur une recommandation soigneusement préparée, tenant compte de tous les points de vue, au lieu d'amorcer lui-même la traverse d'un champ de mines.

On nous rappellera qu'à Montréal, le boulevard Dorchester est devenu le boulevard René-Lévesque. Qu'à Ottawa, jusqu'en 1967, le boulevard Centennial portait le nom du Général De Gaulle. Ce sont des cas où une actualité brûlante s'est imposée comme catalyseur. Amherst, pour sa part, est depuis longtemps relégué aux oubliettes... peut-être à tort. Mais il reste inconnu pour l'ensemble de la population. La meilleure option, pour le moment, serait de donner à tous un bon cours d'histoire.

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