Dérapage en 140 caractères

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ÉDITORIAL / On a d'abord cru à du piratage. Sur son compte Twitter, la députée provinciale d'Ottawa-Vanier, Nathalie Des Rosiers, affirme, tard mercredi soir, que ses pensées sont avec la famille et les amis d'Abdirahman Abdi, « assassiné par un policier mal encadré ». Dans sa version anglaise, son message va encore plus loin : « murdered by a careless police officer », avec tous les hashtags d'usage, #JusticePourAbdi #StopÀLaViolence.

Ces messages tranchaient avec le ton posé de ses communications précédentes sur les médias sociaux. 

Abdirahman Abdi est ce Canado-Somalien décédé à la suite d'une intervention policière musclée à Ottawa, il y a un an cette semaine.

Un policier d'Ottawa, Daniel Montsion, a été accusé d'homicide involontaire, de voies de fait graves et d'agression armée par l'Unité des enquêtes spéciales de l'Ontario. Il est en attente de son procès.

Les messages émanant du compte Twitter de la députée Des Rosiers ont été publiés tout juste après une vigile à la chandelle, rue Rideau, à la mémoire d'Ashton Dickson, tué par balle lors d'une altercation à l'extérieur d'un bar, le 26 juin dernier.

« Les meurtres de jeunes #Noirs m'inquiètent + que jamais ! La justice doit faire son travail, mais il faut revoir tout le système », peut-on d'abord lire sur son compte, qui enchaîne avec cinq autres gazouillis en l'espace de quelques minutes, où on fait référence à la mort d'Ashton Dickson et d'Abdirahman Abdi.

Sur les médias sociaux, plusieurs lui ont rappelé son passé de doyenne de la Section de droit civil à l'Université d'Ottawa. Certains ont réclamé sa démission, au nom de la pierre d'assise du droit au pays : la présomption d'innocence.

Avant d'être élue députée en novembre 2016, Nathalie Des Rosiers a mené une brillante carrière comme spécialiste en droit constitutionnel et en droit des femmes. Elle n'a donc pas de leçon à prendre en matière de droit.

Alors pourquoi ?

« Il est très important de respecter l'intégrité de notre processus judiciaire. Tout le monde est innocent tant qu'il n'est pas prouvé coupable », pouvait-on lire sur le compte de Mme Des Rosiers, près de 12 heures après les premières frondes, tout juste avant que tous ses messages soient effacés d'un coup.

Douze heures. Même le chef du Service de police d'Ottawa, Charles Bordereau, a réagi plus rapidement avec un appel au calme, et au respect du processus judiciaire.

Puis, un second dérapage de communications. Le bureau de la députée s'est fermé comme une huître, dans l'attente d'instructions de Queen's Park, se limitant à dire que le compte de Nathalie Des Rosiers n'a pas été piraté. Le bureau de la première ministre de l'Ontario a publié un communiqué laconique en son nom, affirmant que « malgré les tweets publiés sur mon compte hier soir, je tiens à préciser que je n'avais pas l'intention de commenter aucune procédure en cours ».

En fin de matinée, son bureau a indiqué au Droit qu'elle prenait l'entière responsabilité pour les messages controversés, bien que ce ne soit pas elle qui les a rédigés. L'employé fautif ne sera pas congédié.

En ne prenant pas le devant des coups, en attendant une demi-journée avant d'effacer ses messages et d'offrir une première réaction ambiguë, et presque 17 h avant d'accorder une entrevue de vive voix, la députée et son équipe de communications ont failli à la tâche.

Ce vide a donné l'occasion aux réseaux sociaux de s'enflammer sur la délicate question des tensions raciales. Quant à la députée d'Ottawa-Vanier, elle a passé la journée à se faire apostropher en 140 caractères sur la toile, où la présomption d'innocence ne fait pas partie des conditions d'utilisation. C'est le danger qui guette les élus qui laissent à d'autres le loisir d'écrire en leur nom, en utilisant le « je » pour s'adresser à des milliers d'abonnés.




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