Le français passé sous silence

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Jean Gagnon
Le Droit

Qu'on le veuille ou pas, nous voilà plongés en pleine campagne électorale fédérale dont l'issue sera connue le 19 octobre, dans exactement 73 jours. Pour ceux et celles qui pourraient encore l'ignorer, un débat des chefs était organisé jeudi soir, en pleine saison estivale, par le magazine Maclean's.

L'affrontement tenu en anglais seulement a souvent donné lieu à de vifs échanges entre le premier ministre sortant Stephen Harper, et ses adversaires Thomas Mulcair, Justin Trudeau et Elizabeth May.

Sans surprise, les enjeux abordés lors de cette joute oratoire seront ceux qui devraient retenir l'attention au cours des 10 prochaines semaines, à savoir les finances publiques, la création d'emplois, les affaires étrangères, l'énergie, l'environnement, la lutte au terrorisme et l'avenir du Sénat.

Même la souveraineté du Québec s'est retrouvée au coeur des échanges, malgré l'absence du chef bloquiste Gilles Duceppe.

Il fallait s'y attendre: les enjeux qui touchent particulièrement la francophonie canadienne - comme le bilinguisme aux postes frontaliers, dans les aéroports et à bord d'Air Canada, l'avenir de Radio-Canada et l'immigration - auront été passés sous silence pendant les deux heures du débat.

Ce sera donc aux francophones eux-mêmes à soulever ces enjeux, à questionner et à confronter les candidats.

À Ottawa, la capitale fédérale, par exemple, le français n'a toujours pas de statut officiel, et ce, 46 ans après l'adoption de la Loi sur les langues officielles. Rien n'indique que cette aberration sera débattue d'ici le jour du scrutin. Pourtant, le moment est plus que propice à tenir un tel débat si on espère voir une telle désignation reconnue d'ici 2017, alors que le Canada fêtera le 150e anniversaire de sa Confédération.

Des organismes comme le Mouvement pour une capitale du Canada officiellement bilingue, l'Assemblée de la francophonie ontarienne et l'ACFO d'Ottawa, entre autres, doivent profiter de la tribune pancanadienne qui leur est offerte pour amener cet enjeu à l'avant-scène de la lutte électorale.

Les candidats des circonscriptions ottaviennes doivent être interpellés sur cette question. Les députés francophones sortants, le conservateur Royal Galipeau et le libéral Mauril Bélanger, par exemple, doivent s'engager à en faire la promotion. Ils ne doivent pas se contenter d'un timide appui pour ensuite retourner la balle vers les paliers provincial et municipal.

Évidemment, une telle prise de position se fait d'abord par conviction profonde et non par simple calcul politique. À l'exemple de l'approche préconisée par l'ancien député et sénateur Jean-Robert Gauthier, un ardent défenseur des droits des francophones et du bilinguisme officiel, qui n'a pas craint d'être parfois en porte-à-faux de ses collègues libéraux de l'époque. En présentant un projet de loi privé au Sénat, le fameux S-3, le politicien décédé en 2009 a rendu la Loi sur les langues officielles à effet exécutoire et non seulement déclaratoire. C'était en 2005.

Plus que symbolique, la reconnaissance officielle du statut bilingue d'Ottawa consacrerait une fois pour toutes l'existence des deux langues officielles dans la capitale du pays, avec l'ensemble des droits qu'un tel statut confère.

Les Canadiens qui vivent dans un pays officiellement bilingue, à commencer par les 400000 francophones qui habitent la grande région de la capitale fédérale, méritent certainement mieux que la politique des petits accommodements qui a marqué l'histoire en cette matière depuis que les Pères fondateurs ont scellé l'union canadienne en 1867.

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