Non à l'asphyxie

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Jean Gagnon
Le Droit

Alors que la Société Radio-Canada/CBC vit des jours plutôt sombres, marqués par de nombreuses compressions budgétaires et des pertes d'emplois à répétition, un autre rapport, émanant celui-là d'un comité sénatorial, suggère de moderniser la Loi sur la radiodiffusion afin de tenir compte du contexte actuel.

Il est vrai que la SRC/CBC a besoin d'une cure de rafraîchissement. La dernière mise à niveau de la loi qui la régit date de 1991. Depuis, les chaînes de télévision, à péage ou pas, se sont multipliées, entraînant une fragmentation de l'auditoire et une baisse des cotes d'écoute chez l'ensemble des radiodiffuseurs généralistes, Radio-Canada comme les autres. Puis Internet est entré dans les habitudes de consommation des Canadiens, en offrant notamment une multitude de produits concurrentiels à l'offre télévisuelle existante, qu'on songe à YouTube et Netflix par exemple.

En 22 recommandations touchant l'ensemble des activités de la société d'État, le rapport du comité sénatorial insiste pour dire que la SRC/CBC doit se transformer. Plusieurs des recommandations sont hautement souhaitables, comme celle voulant que le président-directeur général de la Société soit nommé et régi par le conseil d'administration et non plus par voie de nomination politique souvent partisane.

Sans la nommer explicitement, l'affaire Jian Ghomeshi, cet ex-animateur vedette de la radio de CBC sur qui pèse des allégations de nature sexuelle, amène les membres du comité à exiger un examen approfondi des politiques internes du radiodiffuseur public, « afin de mettre un terme à la tendance voulant que la Société n'adopte des politiques efficaces qu'après que des incidents graves se soient produits ». Ce avec quoi nous sommes évidemment d'accord. Toutefois, à la lecture des recommandations portant sur la programmation et le financement, c'est une véritable asphyxie qui est proposée à Radio-Canada. En matière de programmation, le comité emprunte une avenue que nous qualifierons d'élitiste en conviant le radiodiffuseur public à concentrer ses efforts « sur la diffusion de programmes de grande qualité peu susceptibles d'être offerts par les radiodiffuseurs commerciaux », le tout en favorisant les productions à saveur canadienne.

À titre d'exemple, le rapport recommande que la production réalisée à l'interne par la SRC/CBC « mette plutôt l'accent sur la diffusion de spectacles d'artistes canadiens et de manifestations culturelles canadiennes, tels que le Ballet royal de Winnipeg, l'Orchestre symphonique de Toronto, le Tattoo royal international de la Nouvelle-Écosse... ».

Ce type de programmes, nous le savons que trop bien, n'attirent guère les auditoires. Et ils n'attirent pas davantage les annonceurs. Cette approche produirait l'effet contraire à celui souhaité par le comité. Une programmation plus pointue et moins populaire ne ferait qu'éloigner les annonceurs et mettre davantage de pression financière sur le gouvernement. D'où le manque de réalisme du comité sénatorial.

Toute comparaison est souvent boiteuse, mais la BBC, le modèle britannique auquel le comité sénatorial fait entre autres référence, perçoit annuellement 111 $ par habitant contre 34 $ pour la SRC/Radio-Canada. À ce chapitre, le Canada se classe parmi les derniers de classe des pays occidentaux pour le financement de son service public de radiodiffusion. Cette seule constatation étale avec éloquence les difficultés vécues par Radio-Canada.

La programmation offerte par la SRC/CBC est loin d'être sans reproche. Sa façon de centraliser sa production et son contenu à partir de Montréal et Toronto, au détriment des autres régions du pays, en irrite plus d'un. De même, sa manière de desservir les minorités linguistiques francophone et anglophone est loin de faire l'unanimité, avec raison.

Mais il n'apparaît pas nécessaire de jeter le bébé avec l'eau du bain afin de redonner vie à ce radiodiffuseur public qui a fait plus que ses preuves par le passé.

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