Le Mois de la Francophonie

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Jean Gagnon
Le Droit

Mars est le Mois de la Francophonie. D'un océan à l'autre, les citoyens sont invités à célébrer la langue de Gilles Vigneault parlée par 9,5 millions de Canadiens provenant essentiellement du Québec, mais aussi de l'Ontario, de l'Acadie et d'ailleurs au pays. Spectacles, forums et événements de toutes sortes permettront d'exprimer cette «joie de vivre qui nous rassemble», thème qui chapeaute cette année les Rendez-vous de la Francophonie.

Ces manifestations, habituellement tenues sous le signe de la diversité, du dialogue et de l'affirmation linguistique, ne doivent pas faire oublier que la place du français au Canada est loin d'être acquise.

L'exemple du Conseil des écoles publiques de l'Est de l'Ontario, qui dénonce la discrimination dont ses athlètes d'élite sont victimes, nous rappellent d'ailleurs que la partie n'est pas gagnée

Il y a aussi les francophones du Yukon, de la Colombie-Britannique et de plusieurs autres provinces qui luttent actuellement pour obtenir des écoles qui correspondent aux exigences du xxie siècle. Rarement les tribunaux du pays auront-ils entendu autant de causes portant sur les droits linguistiques des francophones en si peu de temps.

En matière de non-reconnaissance des droits des Francos-Canadiens, l'affront vient souvent de très haut. À commencer par le Parlement canadien qui nomme à des postes stratégiques, incluant celui de vérificateur général, des unilingues anglophones. Par l'ex-ministre John Baird qui distribuait des cartes de visite rédigées uniquement en anglais. Par la CBC aussi, qui tolère encore à son micro le très subtil Don Cherry, qui n'a eu cesse, ces dernières années, de déverser en toute impunité des tas d'âneries sur les francophones. Par le premier ministre Stephen Harper lui-même, qui prétend que son nouveau ministre des Affaires étrangères, Rob Nicholson, un unilingue anglophone, pourra symboliser efficacement la dualité linguistique canadienne sur la scène internationale. Ou encore par le maire d'Ottawa, Jim Watson, qui s'entête à ne pas accorder à la capitale fédérale du pays le statut de ville officiellement bilingue.

En cette période de compressions budgétaires, certains gestionnaires de la fonction publique fédérale vont même jusqu'à abolir les primes de bilinguisme versées aux fonctionnaires afin de satisfaire les objectifs de réduction des dépenses du Conseil du Trésor.

Nous savons que l'octroi de ces primes n'a pas toujours rencontré les objectifs visés à sa création, que certains employés de l'État les touchaient sans pouvoir s'exprimer ne serait-ce qu'un tantinet en français dans un poste où le bilinguisme était pourtant exigé.

Mais l'abolition de ces primes au bilinguisme, qui semble se faire à la pièce dans l'indifférence la plus complète et sans une tentative de les réformer, équivaut à renoncer à l'existence d'une fonction publique bilingue, du moins en apparence.

Les combats livrés par les Franco-Manitobains pour faire reconnaître leurs droits constitutionnels, par S.O.S. Montfort pour éviter la fermeture du seul hôpital francophone de l'Ontario, ou par le couple Thibodeau qui refuse la définition à courte vue que font le transporteur aérien Air Canada et ses filiales d'un service en français, démontrent l'étendue des batailles livrées au fils des ans.

Certes, il faut célébrer cette francophonie qui enrichit le pays. Mais au-delà de la fête, ce Mois de la Francophonie doit aussi mener à une prise de conscience quant aux défis, toujours nombreux, qui nous attendent. Car c'est dans la défense de ses droits constitutionnels que les francophones pourront continuer à festoyer.

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