L'audace de Radio-Canada

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Cela fait des années que les télédiffuseurs privés attaquent la Société Radio-Canada (SRC) pour la concurrence déloyale que cette dernière lui livre à la fois au plan des cotes d'écoute et des revenus publicitaires.

Lorsque la SRC a proposé, plus tôt cette semaine, de mettre fin à la publicité sur toutes ses plate-formes de diffusion, tous auraient pu croire que le secteur privé aurait applaudi et lancé un vibrant «Enfin!». En retour de l'abandon des revenus publicitaires, le patron de Radio-Canada (et du réseau anglais CBC), Hubert Lacroix, propose au gouvernement de hausser son financement d'une somme équivalente à ce que la société d'État perçoit en publicité. Une affaire supérieure à 300 millions $ par an.Mais ce n'est pas un soupir de satisfaction que les Canadiens ont entendu des diffuseurs privés. Ils ont plutôt changé leur angle d'attaque et réclamé une, parfois deux choses: que l'État ne verse pas un sou de plus à Radio-Canada, et que son mandat soit revu. Retirer à Radio-Canada tous ses revenus publicitaires sans une contrepartie publique équivaut évidemment à lui tronquer 300 millions $ de son budget. Les Canadiens ont vu, pendant les années du gouvernement de Stephen Harper, ce qu'une coupure de 115 millions $ a provoqué comme crise au sein de la société d'État. Aussitôt élus, les libéraux de Justin Trudeau ont restauré ce financement, plus une enveloppe supplémentaire de 35 millions $. Mais l'avenir de Radio-Canada est loin d'être assuré. Le quotidien Le Droit a plusieurs fois appuyé l'existence même de Radio-Canada. Elle apporte une contribution unique au tissu social de notre pays. Mais le financement public de la société d'État, légèrement supérieur à 1 milliard $, souffre comparativement à celui d'autres diffuseurs publics des pays occidentaux. Il souffre d'autant plus que Radio-Canada a la tâche unique de desservir des publics forts divers dans un pays très vaste, dans deux langues officielles. Radio-Canada ne parvient pas, malgré les assurances de sa bonne foi, à remplir le mandat que le Parlement lui a confié. Ce constat est particulièrement ressenti au sein des minorités de langue française; Radio-Canada est trop axé sur le Québec francophone, où réside cependant l'essentiel de son public. Elle pourrait mieux lutter contre les forces d'assimilation en permettant aux communautés minoritaires de se voir avec fierté.La dernière proposition de Radio-Canada est audacieuse. La réaction des compétiteurs, démesurée. Le mandat de la société d'État n'a pas à être revu, mais à être respecté. Radio-Canada a progressivement empiété dans les plate-bandes des diffuseurs privés pour participer elle aussi à la course aux cotes d'écoute. Cela a été une erreur. Elle doit concentrer son action sur une programmation qui réponde mieux à son mandat de refléter l'identité canadienne, et favoriser une programmation que les Canadiens ne pourraient retrouver ailleurs. Axée sur la culture, sur les enjeux de la vie au Canada, sur la place du Canada dans le monde. Sur toutes ses plate-formes, télévision, radio, Internet. Assurément, les cotes d'écoute souffriront. Mais des succès - même commerciaux! - émergeront quand même, à l'instar d'émissions comme «La p'tite vie», que le secteur privé avait refusé d'endosser, à l'époque. C'est sur cette voie que Radio-Canada appuiera l'imagination canadienne et répondra mieux à son mandat national, laissant les variétés et la course aux cotes d'écoute au secteur privé. Cela justifiera son financement public à hauteur d'environ 1,5 milliard $ et la recentrera sur sa mission essentielle.

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