Le discours racoleur d'Action Gatineau

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Pierre Jury
Le Droit

Pour la première fois où elle se concentrait sur une question de contenu, Action Gatineau a lamentablement raté sa cible.

Sa première salve, elle l'a réservée au projet Destination Gatineau, un plan de revitalisation et d'animation de 6 km de terrain le long de la rivière des Outaouais, du ruisseau de la Brasserie jusqu'à la rue Jacques-Cartier. Le maire Marc Bureau, longtemps accusé de manquer de vision, s'est lancé derrière l'aventure pendant sa campagne électorale de 2009. Le projet, qui prend lentement forme, espère tabler sur un budget de 134 millions $ ; on s'attend à ce que le fédéral (via la Commission de la capitale nationale), le Québec et des partenaires privés collaborent au montage financier.

Aux yeux d'Action Gatineau, le projet est de toute évidence trop concentré sur la rive de Hull et de Pointe-Gatineau. Question de plaire à un plus large public de contribuables gatinois, Action Gatineau propose plutôt d'investir moins sur la rive et plus à la grandeur du territoire de la ville. Dans une vidéo dévoilée plus tôt cette semaine, son chef Maxime Pedneaud-Jobin énumère même « une dizaine de projets qui sont sur la table depuis des années et qui attendent des investissements municipaux ».

Ce discours racoleur tient de la pensée magique qui ne supporte pas le moindre examen logique. Surtout qu'Action Gatineau prétend pouvoir relever le défi en sabrant le budget global de moitié, à environ 70 millions $.

De ces 70 millions $, environ 32 millions $ sont déjà « promis » à la revitalisation de la rue Jacques-Cartier. Action Gatineau entend conserver cette partie du projet Destination Gatineau.

Avec les 40 millions $ restants, M. Pedneaud-Jobin laisse miroiter que son parti pourrait revitaliser la marina de la marina d'Aylmer, le ruisseau de la Brasserie et ériger la Grande bibliothèque, aménager une piste cyclable le long de la rivière Blanche, y refaire un pont, investir dans le parc écologique Dalton et le parc du lac Beauchamp, financer un centre nautique à l'est, et aménager un sentier entre le barrage Dufferin, à Buckingham, et le barrage Rhéaume, à Masson. Alouette !

Ce « saupoudrage aux quatre vents », comme l'a qualifié le conseiller Alain Riel, dénature totalement le projet Destination Gatineau et lui subtilise tout son sens. Pourquoi ? Dans le seul but de plaire à tous et à chacun, et en particulier, aux cinq élus qui ont embarqué dans l'aventure du nouveau parti politique à Gatineau. Ils veulent des arguments pour convaincre les citoyens de leur quartier qu'ils les ont dotés de nouveaux outils collectifs, ou à tout le moins, ont fait progresser les dossiers en ce sens. Cela leur semble plus vendeur que de convaincre des électeurs aux quatre coins de Gatineau que la porte d'entrée de l'Outaouais via l'Ontario est maintenant plus accueillante.

Action Gatineau prétend que son plan permettra d'améliorer le milieu de vie des citoyens dans leurs quartiers, tout en attirant les touristes plus à l'intérieur du territoire. Cette dernière vision relève de la pure imagination. La réalité, c'est qu'il est extrêmement difficile de convaincre les touristes d'aller plus loin que le Musée canadien des civilisations. Il y a des tentatives louables avec le Moulin de Wakefield, les spas comme Le Nordik, ou tout le potentiel nature au-delà des limites de la ville. Mais rien dans la liste d'Action Gatineau ne générera de l'intérêt chez les touristes, qui peuvent réellement contribuer à la diversification économique de l'Outaouais.

Certes, le projet Destination Gatineau peut être amélioré. Des consultations publiques sont justement prévues en ce sens, cet automne, et il est espéré qu'elles seront plus courues que les autres séances publiques que Gatineau tient sur sa juridiction. Ce n'est qu'à travers le foisonnement d'idées, tant de la tête de spécialistes que de citoyens ordinaires qui vivent réellement sur le territoire en question, que la lumière jaillira. Peut-être qu'il y a même des idées avancées cette semaine par Action Gatineau qui pourraient s'imbriquer dans une plus vaste perspective de Destination Gatineau.

Mais les premières idées d'Action Gatineau, au-delà du beau langage rassembleur, tombent à plat. Il est temps de retourner à la table à dessin.

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