Les derniers kilomètres

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Dans un marathon, les derniers kilomètres sont souvent les plus difficiles à franchir. Ainsi en va-t-il de cette lutte centenaire des Franco-Ontariens pour une reconnaissance juridique de leurs droits linguistiques et culturels. En 1912, devant la brutalité sans détour du Règlement XVII interdisant l'enseignement en français après la deuxième année du primaire, la mobilisation fut instantanée et massive. Un départ canon. La suppression des écoles françaises - en Ontario comme dans les autres provinces à majorité anglaise - était devenue le symbole de l'ensemble de la répression dont étaient victimes les minorités francophones hors-Québec.

Mais cette « lutte pour la reconnaissance », qui a récemment fait l'objet d'une analyse fort pertinente du professeur François Charbonneau, de l'Université d'Ottawa, a fini par s'essouffler ces dernières années, et pour cause. L'obtention graduelle, depuis la fin des années 1960, de réseaux d'écoles primaires, secondaires et collégiales de langue française, ainsi que l'enchâssement des droits scolaires des minorités linguistiques dans la Loi constitutionnelle de 1982, avaient contribué à cicatriser les plaies en éducation.

Dans d'autres domaines, les conflits se sont adoucis. La Loi fédérale sur les langues officielles et la Loi ontarienne de 1986 sur les services en français ont donné un fondement qu'on pourrait juger quasi-constitutionnel aux services en langue française dans plusieurs régions de l'Ontario. Et plus récemment, après le tollé provoqué par la tentative de « fermer » l'hôpital Montfort en 1997, les tribunaux saisis de l'affaire ont colmaté la brèche, accordant une protection quasi-constitutionnelle aux droits linguistiques des Franco-Ontariens en matière de services de santé.

Le long marathon de revendications, aurait-on pu croire, tirait à sa fin, du moins dans ses éléments les plus saillants. Comme on l'a vu au congrès annuel de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO), en fin de semaine dernière, il reste encore des pièces du casse-tête à mettre en place - et de fort importantes - mais elles ne semblent pas de nature à déclencher des manifestations dans les rues ou des ruées vers les barricades. C'est ce qui rendra la tâche sans doute plus difficile pour les stratèges franco-ontariens.

La demande de désignation de Montfort comme centre hospitalier universitaire fera l'unanimité au sein des milieux franco-ontariens, mais n'attirera guère plus que des lettres d'appui. La résolution en faveur de la création d'une université de langue française vient raviver une vieille revendication qui remonte aux années 1960, mais à l'extérieur du Regroupement étudiant franco-ontarien (REFO) qui la parraine, on n'anticipe aucune mobilisation. Même le débat autour d'un éventuel enchâssement constitutionnel des droits des Franco-Ontariens - un peu comme ceux des Acadiens au Nouveau-Brunswick - n'attisera pas les braises de la protestation.

Non pas que ces requêtes ne soient pas justifiées. Elles le sont. Montfort est de toute évidence un centre universitaire par son lien intime avec l'Université d'Ottawa. D'autre part, la présence active d'une université ou d'un campus universitaire de langue française fait cruellement défaut en Ontario et c'est un sujet où les principaux intervenants - y compris les universités bilingues existantes - ont démontré une absence singulière d'imagination. Quant à la constitutionnalisation des droits acquis des Franco-Ontariens, elle est éminemment faisable avec un peu de volonté politique. Mais devant le ressac anglophone actuel, tous seront frileux...

En ce début de XXIe siècle, l'AFO et ses alliés devront utiliser toutes leurs ressources pour mettre ces dossiers à l'ordre du jour des décideurs. Ils devront gagner l'opinion publique à leurs causes et optimiser, entre autres, un recours de plus en plus intense aux médias sociaux. Le monde a changé. L'AFO aussi. Mais la ligne d'arrivée est-elle en vue ?

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