L'indifférence prend différentes formes dans notre société, toutes aussi funestes pour la santé de notre démocratie. On appelle parfois «majorité silencieuse» cette masse inerte de citoyens qui ne contribue pas au débat et dont la présence est principalement révélée dans les discours de politiciens qui se l'approprient ou dans les colonnes de chiffres de maisons de sondage. Combien de ces gens ne lisent pas les journaux, combien n'écoutent pas les bulletins de nouvelles, combien veulent tout simplement être laissés en paix? Et, advenant une élection le 4?septembre, on peut se demander combien d'entre eux se donneront la peine d'aller voter.
Lors de l'élection générale de décembre 2008, moins de 58% des électeurs ont exercé leur droit de vote. Des millions de Québécois sont restés chez eux, refusant par leur inaction de participer au choix de ceux et celles qui auraient pour mandat de diriger leur gouvernement pour les quatre années à venir. Dans l'Outaouais, la situation était pire qu'ailleurs, peut-être parce que l'issue semblait évidente. Dans toutes les circonscriptions de la région - Pontiac, Gatineau, Hull, Chapleau et Papineau - le taux de participation était inférieur à 50%!
Prenons comme exemple la circonscription de Chapleau, qui correspond à l'ancienne Ville de Gatineau moins le secteur Touraine. Le député Marc Carrière a gagné facilement avec près de 55% des suffrages exprimés, soit tout près de 14000 votes. Mais la circonscription comptait près de 54000 électeurs, dont 28000 (la majorité absolue) n'ont même pas voté. Il n'y a pas de quoi se réjouir après un tel résultat. Et Chapleau ne constitue pas une exception. Dans le reste du grand Outaouais, et ailleurs, c'était pareil!
Au printemps, durant le conflit étudiant, plusieurs ont souligné avec raison que les taux de participation électorale des jeunes électeurs étaient les plus faibles et récemment, la Fédération étudiante universitaire du Québec a annoncé qu'elle ferait tout pour «faire sortir le vote». C'est la meilleure stratégie dans les circonstances. La présence comme candidat d'un des chefs étudiants, Léo Bureau-Blouin, pourrait aussi aider. Un engagement électoral accru des étudiants ne peut qu'avoir un effet bénéfique sur la qualité des débats et si le nombre d'étudiants qui se rendent aux urnes augmente sensiblement, la légitimité des résultats s'en trouvera renforcée.
Évidemment, le taux d'abstention trop élevé ne vise pas que les jeunes et les motifs de l'indifférence politique des citoyens de tous âges sont nombreux. Le Directeur général des élections du Québec avait fait enquête là-dessus après le scrutin de 2008. L'étude a révélé que près de 60% des non-votants trouvaient qu'il y avait trop d'élections! C'est épeurant. D'autres croyaient que leur vote n'avait pas d'importance, n'aimaient aucun candidat ou ne se sentaient pas concernés par les enjeux de campagne. Quels faux-fuyants invoqueront-ils en 2012 alors que tout, cette fois, les interpelle à sortir de leur torpeur?
Une activité fébrile règne dans tous les partis. Ce matin, à n'en pas douter, les moteurs vrombissent sur la ligne du départ. Mais alors que toute l'attention médiatique est fixée sur les chefs, sur les vedettes de la campagne et sur les principaux enjeux, l'indifférence citoyenne reste omniprésente, invisible et silencieuse. Durant la campagne qui risque de s'amorcer officiellement dans quelques heures, c'est cette indifférence qu'il faut craindre le plus.