Gîte Ami

50 000 $, et vite !

Pierre Allard
Le Droit

Dans quelques jours, faute de fonds, le seul refuge pour personnes itinérantes et sans-abri dans le secteur de Hull devra suspendre les services de jour qu'il offrait depuis sa fondation il y a près de 30 ans. C'est un scandale ! Parle-t-on ici de déficits de millions de dollars, comme dans nos grandes institutions et ministères ? Non, le manque à gagner se situe à peine aux environs de 50 000 $. Une somme risible, ou presque, quand on regarde les budgets du secteur public. Mais pour un organisme communautaire, ce qui fait toute la différence se compte parfois en petits billets.

Dans la Ville de Gatineau, on dénombre environ 700 personnes itinérantes ou sans-abri. Plusieurs ont tout simplement besoin d'un gîte pour la nuit et de quelques repas. Mais d'autres souffrent de problèmes chroniques et graves de santé physique ou mentale. Le matin, après le petit-déjeuner, certains sont tout simplement incapables de retourner dans les rues en attendant le repas du soir, soit parce qu'ils ont besoin d'une surveillance ou de soins médicaux, soit parce qu'ils ne sont pas en mesure de fonctionner en société sans soutien professionnel. Au fil des ans, le Gîte Ami avait développé des services pour ces gens.

Le 6 août, il n'y en aura plus. Une chose est sûre. Si les portes du Gîte Ami leur sont fermées le jour et que ces personnes se retrouvent sans-abri pour plusieurs heures, nombre d'entre elles se dirigeront vers les urgences déjà débordées des hôpitaux de Hull et Gatineau. Faute d'accueil, ils resteront dans la rue avec les conséquences que l'on peut appréhender. L'état des plus touchés s'aggravera. Au pire, certains mourront dans des circonstances tragiques. À l'occasion, les médias en feront grand cas, mais le public se préoccupe peu des itinérants. Ce sont des gens que la majorité ne veut pas voir « dans sa cour »...

Le problème, c'est qu'ils existent, que ce sont nos concitoyens, qu'ils ont des droits comme nous et que la société tout entière doit assumer sa part de responsabilité. Les gens qui pestent contre les impôts et le coût des services seront les premiers à se réjouir de l'existence et de la qualité de ces services s'ils en ont besoin. Il suffit de passer par un cancer ou un infarctus pour comprendre l'énormité des sommes requises pour fournir locaux, équipements et expertise qui nous permettront d'obtenir des soins et de retrouver la santé. Avec 50 000 $, on ne va pas loin !

Avec un budget si restreint, le Gîte Ami garde les locaux du 85 de la rue Morin (secteur Hull) ouverts toute la journée pour des centaines de personnes qui ont besoin d'un toit et d'un soutien professionnel. Il assure le personnel et les services dont ces gens - de tous âges - ont grandement besoin, en plus de faire du dépannage alimentaire. Il leur permet de socialiser. À certains d'entre eux, il redonnera espoir et santé. Peut-être une ultime chance de réintégrer la société, d'obtenir un logement et de mener une vie mieux structurée.

Imaginons un instant la valeur réelle, en dollars, de la création et de la gestion d'un tel centre de jour s'il devait être confié à une entreprise privée subventionnée ou à l'État, plutôt qu'à un organisme communautaire comme Gîte Ami. Des centaines de milliers de dollars, ou plus ? Peu importe le coût, il faudrait offrir ces services ou accepter de laisser des membres sans défense de la communauté à la merci de la maladie et de la rue. Alors offrons-les ou permettons au Gîte Ami de le faire en notre nom, avec les fonds dont il a besoin.

De préférence, ces sommes devraient être fournies par le Trésor public, par le budget du ministère de la Santé et des Services sociaux, ou encore par l'entremise d'une entente de services avec le Centre de santé et de services sociaux de Gatineau. Mais tout ce qui est bureaucratique prend trop de temps, surtout à Québec. Il faut trouver 50 000 $ d'ici lundi prochain pour que Gîte Ami conserve son centre de jour. Y aurait-il un ou quelques mécènes dans les parages ?

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