Citoyens aux aguets

Pierre Jury
Le Droit

La fureur populaire qui a entouré la réunion de lundi du conseil de la municipalité de Mascouche, au nord de Montréal, illustre bien les limites de la démocratie et de l'éthique.

Le maire Richard Marcotte est la cible d'enquêtes depuis deux ans. Les journalistes de l'émission Enquête, à Radio-Canada, ont mis au jour ses liens étroits avec certains entrepreneurs locaux. Une enquête subséquente du ministère des Affaires municipales a mis en lumière des problèmes dans l'attribution de contrats municipaux. Mais il a fallu 18 mois après les premiers soupçons des journalistes pour que le premier magistrat fasse l'objet d'accusations criminelles. Il y en a six et elles sont sérieuses, toutes reliées à la nature de sa fonction politique.

De toute évidence, depuis quelques semaines, M. Marcotte tente de profiter des dispositions de la Loi sur les cités et villes pour s'accrocher à son poste. Après une éclipse des réunions publiques, il a refait surface, lundi, sous peine de perdre son poste. En effet, tout élu qui s'absente de sa tâche pendant plus de 90 jours risque de perdre son poste. M. Marcotte s'est donc présenté suffisamment longtemps - quelques minutes en début de séance, avant que la mairesse suppléante ne lui demande de quitter - pour remettre le compteur à zéro. Le maire de Mascouche peut donc s'éloigner de sa ville pendant une autre période de trois mois sans perdre ni son poste ni les avantages qui y sont rattachés, incluant un salaire estimé à 110 000 $.

Les contribuables ont de quoi être en furie. Début octobre, si M. Marcotte se rend jusque-là, cela fera alors six mois qu'ils paient le salaire d'un maire qui ne siège plus, mais qui refuse de se faire déloger. Les cris « Dehors, Marcotte ! » se comprennent : le ras-le-bol s'exprime. Mais toute l'affaire démontre les limites de la contestation du travail des politiciens. Il n'existe pas de procédure d'« impeachment » au Canada, comme c'est le cas aux États-Unis. Il n'y a que deux recours : une condamnation par les tribunaux, ce qui prend du temps, et un appel au sens éthique par divers canaux. Cela peut se faire directement, ou via le ministère concerné.

L'appel au maire Marcotte a fait chou blanc : il n'a pas l'intention de démissionner, ou même de quitter ses fonctions jusqu'à la décision d'un tribunal (ce qui peut prendre des années, avec la possibilité d'un appel). Quant au ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard... disons que le gouvernement libéral a d'autres chats à fouetter ces semaines-ci, avec les rumeurs persistantes d'une élection provinciale, en septembre.

En attendant, le maire Richard Marcotte jouit, comme tous les citoyens, de la présomption d'innocence. Il s'y accroche. Surveillons si les conseillers réussissent à suspendre son salaire en vertu d'un manquement à l'éthique. Car il y a là, pour tous les politiciens du Québec, une leçon à prendre. Dans le climat actuel de suspicion de la classe politique en regard à la corruption, les citoyens sont aux aguets ! Leur patience est à bout.

Pour voir Louis-José

Le criminel qui a demandé une permission spéciale à la cour... pour assister au spectacle de Louis-José Houde ne manque pas de cran, ni de soucis quant à l'engorgement des tribunaux!

Le juge Réal Lapointe, de la Cour du Québec, aura mis une vingtaine de minutes avant de réaliser la frivolité de la demande du détenu Christian Ricard... et de la balayer sous le tapis. Vingt minutes qui auraient pu servir à d'autres causes plus méritoires, il va sans dire.

Le système judiciaire est débordé. Mais on ne peut empêcher un citoyen de s'adresser aux tribunaux (à moins qu'il ne soit plaideur quérulent, ce que M.Ricard n'est pas).

La cause aura au moins fait sourire certains... et irrité d'autres qui attendent leur procès pendant des mois, des années.

 

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