Fut une époque où les courses électorales se limitaient aux quelques semaines qui précédaient le jour du vote. Entre deux campagnes, les politiciens se contentaient de ridiculiser leurs adversaires. Sans trop de moyens.
Depuis quelques années, la polarisation des idéologies politiques et l'énorme potentiel multiplicateur des nouveaux médias ont combiné leurs effets pour créer des campagnes électorales permanentes dans plusieurs pays démocratiques. Cela est particulièrement le cas aux États-Unis, qui tient des élections à tous les deux ans, et de plus en plus au Canada. Certains accusent le Parti conservateur d'avoir importé certaines pratiques partisanes d'une certaine droite américaine où la victoire compte à tout prix, où tout est permis, de la publicité négative aux accusations gratuites, en passant par les mesures de suppression du vote, dont le Canada a été le théâtre en 2011 lorsque des milliers d'électeurs ont reçu des appels frauduleux d'individus visant à les décourager d'aller au bureau de vote.
Au cours des dernières années, les conservateurs ont déclenché des attaques groupées, hors des campagnes électorales, contre Stéphane Dion et Michael Ignatieff. Signe des temps et de la baisse d'importance du Parti libéral du Canada, la plus récente cible du parti de Stephen Harper est le chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair.
La tendance s'est propagée en politique provinciale. Dès 2003, un militant conservateur avait qualifié le libéral Dalton
McGuinty d'«extraterrestre mangeur-de-chatons». Cette semaine, ce sont les libéraux québécois de Jean Charest qui s'en sont pris à Pauline Marois dans une publicité vidéo où la chef du Parti québécois, au ralenti et en noir et blanc, a l'air d'une demeurée qui «joue» de la casserole dans une manifestation politique. L'effet est saisissant et l'intention, nettement malveillante, associant naïvement Mme?Marois à «la rue» et ses contestations printanières qui ont balayé le Québec. De mauvais goût, pour dire net.
Cela détonne d'autant plus que le PLQ a tenté la semaine dernière de présenter son chef comme le leader responsable, l'homme blanc comme neige sur un fond blanc, malgré les allégations de corruption qui teintent la politique québécoise depuis quelques années.
Ces publicités, autrefois destinées à la télévision, ne le sont même plus nécessairement. Avec Internet et le foisonnement de canaux, blogues et sites qu'il permet, les partis n'ont même plus besoin de payer pour du précieux temps d'antenne! Même que les médias se feront un plaisir de longuement discourir sur la dernière stratégie politique, assurant une diffusion insoupçonnée de la campagne de salissage.
La politique a changé. Pas pour le mieux. La campagne est éternelle. À la veille d'un déclenchement officiel d'élections, que les rumeurs placent au 17?septembre, le rythme ne fait qu'augmenter. L'été est arrivé mais la politique ne chôme pas.
Énigme égyptienne
L'armée n'est plus au pouvoir en Égypte; voilà qui est clair. L'élection de Mohamed Morsi s'est faite aux dépens d'Ahmed Shafiq, le candidat issu de l'armée égyptienne qui aurait, à travers lui, continué de tenir le pays dans un étau.
Le résultat n'est pas renversant (51,7 vs 48,3%) mais suffisant pour conclure que l'Égypte a préféré l'énigme d'un leader proche des Frères musulmans à un Shafiq qui n'aurait que perpétué le régime de fer d'Hosni Moubarak.
Les protestations de la place Tahrir ont nourri le printemps arabe de 2011. Il est à espérer que M.Morsi saura en incarner la volonté de changement. Un peu, du moins.