Une inutile menace d'élections en Ontario

Pierre Jury
Le Droit

Une querelle politique secoue l'Assemblée législative depuis jeudi et menaçait, à moins d'une entente de dernière heure, hier, de plonger l'Ontario dans une nouvelle campagne électorale, à peine neuf mois après celle qui a mené à l'élection d'un gouvernement libéral minoritaire.

Cette incertitude est évidemment reliée au statut minoritaire des libéraux et rappelle les années de turbulence au gouvernement fédéral pendant les épisodes minoritaires de Paul Martin, puis de Stephen Harper. Pour survivre, le parti au pouvoir doit nécessairement faire des accommodements avec l'opposition, sans que chacune des parties ne trahisse ses principes ni n'horripile sa base partisane.

Dans le cas présent, libéraux dirigés par Dalton McGuinty et néo-démocrates menés par Andrea Horvath s'obstinent sur le budget, tandis que le conservateur Tim Hudak joue les trouble-fête. Qu'ils s'émoustillent sur des querelles de principe, soit. Mais ils doivent à tout prix éviter que leurs escarmouches puériles dégénèrent au point de provoquer une nouvelle élection provinciale en Ontario, élection qui se solderait assurément par l'élection d'un autre gouvernement minoritaire. Bref, l'électorat est divisé sur les correctifs à apporter aux remèdes économiques de l'Ontario et un scrutin à ce moment-ci ne déboucherait pas sur un résultat bien différent. Ainsi, les trois partis à l'Assemblée législative n'ont pas le choix : ils sont condamnés, sinon à l'entente et au succès, à éviter l'échec aux conséquences inévitables.

L'Ontario n'a pas de temps à perdre avec une élection qui ne mènerait pas à un résultat radicalement différent de la situation présente. Rien n'indique cela. M. McGuinty n'a pas perdu la confiance des électeurs. Les disputes qui l'opposent aux néo-démocrates de Mme Horvath n'ont aucun sens. Ne tombons pas dans le jeu partisan qui veut placer le blâme sur l'une ou l'autre des parties. M. McGuinty est confronté à une énorme tâche, celle de rééquilibrer les finances publiques et d'éliminer un déficit de 15 milliards $ d'ici 2017-2018 ; il doit le faire de façon humaine et responsable. Mme Horvath, qui a la faveur des éphémères sondages, désire défendre les intérêts des moins nantis qui lui ont fait confiance ; elle doit le faire dans le respect des impératifs économiques de la province.

Le plus énigmatique dans cette équation demeure le chef conservateur Tim Hudak. Évidemment, il s'est positionné comme le plus intransigeant des trois, ni l'allié de l'un, ni l'allié de l'autre. Et si les libéraux ont dépeint Andrea Horvath comme l'empêcheuse de tourner en rond - c'est elle qui domine dans les enquêtes d'opinion des Ontariens - alors que les députés étudient le budget libéral, ce sont les conservateurs qui, en votant avec les néo-démocrates, ont permis que soient biffées des sections entières du budget. Pis encore, les troupes de M. Hudak l'ont fait sur des enjeux contraires à leurs propres politiques !

Ils étaient pour une réforme du système d'arbitrage des conditions de travail ; ils ont voté contre. Ils sont plutôt contre les politiques environnementales ; ils ont voté pour les durcir.

Quelle mouche les a piqués ? Personne ne s'attend à ce qu'ils fassent de cadeaux à leurs adversaires mais leurs positions sont carrément incompréhensibles... et irraisonnables. Parce qu'ils n'ont rien de mieux à offrir aux électeurs et ne sont pas dans une position politique pour prendre le pouvoir. C'est de l'opposition systématique et illogique qui ne mène qu'à un résultat : encore plus de cynisme chez les électeurs qui voient bien que tout ceci n'est que machination partisane alors que les Ontariens, comme les Canadiens d'ailleurs, espèrent que les partis qu'ils élisent feront tout en leur pouvoir pour faire fonctionner la province (ou le pays), pas juste emmerder leurs adversaires.

Mercredi, il y aura vote à l'Assemblée législative de l'Ontario. Les trois partis sont mieux de s'arranger pour que le budget passe. Sinon, les citoyens leur en voudront. À tous les trois, sans exception. Et avec raison !

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