Le conflit étudiant au Québec comporte plusieurs coûts cachés, ou plutôt, dont la facture n'apparaîtra dans les comptes de l'État que bien plus tard. C'est le cas de la reprise des cours dans le réseau des cégeps, prévue dès la mi-août, et qui nécessitera des déboursés substantiels par le ministère de l'Éducation. Selon une source syndicale, la Fédération nationale des enseignants du Québec, on parle « de 40 à 70 millions $ » supplémentaires, une évaluation contestée par le Conseil du Trésor.
Ces sous doivent servir notamment à embaucher du personnel qui devra remplacer des enseignants qui seront en congé à ce moment-là : congés différés, congés de maladie, congés de maternité, etc. D'autres auront entre-temps quitté pour la retraite. Et il y a tous les contractuels qui étaient prêts à enseigner au cours de la session d'hiver, mais qui n'ont pu donner leurs cours en raison du conflit.
Ces remplacements font partie de la vie. Ce sont des « effets collatéraux » de la contestation étudiante.
Dans les faits, un bon nombre des 4000 professeurs du réseau des cégeps au Québec devra condenser en six ou sept semaines la matière qu'ils enseignent normalement en 12 semaines. Cela implique un surcroît de travail, une condensation des matières essentielles, l'enseignement de certains cours le soir ou le samedi, etc.
Malheureusement, le contribuable ne peut rien y faire. Les professeurs étaient là, disponibles, et le conflit n'est pas leur décision.
Pour ces contrariétés, le syndicat des professeurs demande en plus du salaire en temps supplémentaire.
Là, ça devient un peu plus difficile.
Et que fait-on des professeurs qui ont encouragé les perturbations hivernales ?
Il y a eu de l'exhortation à la solidarité étudiante, de la sensibilisation aux débats de société, voire des chaînes humaines où ils se sont tenus main dans la main avec les étudiants qui bloquaient les entrées des cégeps. Nous ne parlons que d'une minorité d'enseignants, les plus militants évidemment, mais leur syndicat demande donc à l'État de leur payer du temps supplémentaire pour compenser les perturbations qu'ils ont eux-mêmes encouragé, voire provoqué.
Ça prend du culot. Malheureusement, il n'y a aucune manière de départager les uns des autres.