Casino du Lac Leamy

Il était temps

Pierre Jury
Le Droit

Il y a deux ans, la Société des casinos du Québec a mis sur la glace un plan majeur de rénovation du Casino du Lac-Leamy. Depuis, les statistiques d'affluence confirment la baisse de l'attrait de la maison de jeux. Devant une telle tendance, il fallait bouger ; c'est ce qui a été confirmé, hier, avec l'annonce d'un investissement de 47,3 millions $ dans la partie casino du complexe récréatif. Après l'hôtel et son centre des congrès, après le Théâtre du casino et une large marquise pour mieux accueillir les visiteurs, il était temps de rafraîchir l'intérieur du casino.

Parce le Casino du Lac-Leamy n'attire plus comme il attirait. Il vieillit bien, mais il vieillit quand même. Inauguré le 24 mars 1996, c'était vite devenu l'un des endroits courus pour aller faire un tour entre amis, avec de la famille de passage dans la région, pour être dans le coup. Et l'affluence était au rendez-vous : 3,2 à 3,3 millions de visiteurs par an. Depuis deux ou trois ans, la baisse était marquée, de l'ordre de 15 % environ, à 2,8 millions. La récession explique une partie de ce recul. Mais il y a autre chose.

Une fois que l'on passe au-delà des conséquences sociales des maisons de jeux - terribles pour les joueurs compulsifs et leurs proches -, il faut reconnaître qu'un casino n'est qu'un commerce comme les autres et qu'il faut procéder à des rénovations régulières afin de demeurer au goût du jour. Comme un supermarché qui procède à un agrandissement ou un centre d'achats qui refait sa facture visuelle, le casino doit revoir son offre, rafraîchir son environnement. Cela va au-delà de jeux inédits ou d'appareils dernier cri. C'est très humain comme réflexe de rechercher la nouveauté, de se lasser de la routine et d'apprécier un certain niveau de changement.

Les travaux s'échelonneront sur 27 mois, s'amorçant à l'automne, pour se terminer au début de 2014.

Ce n'est pas un hasard si cette date correspond grosso modo au moment où Ottawa pourrait avoir son propre casino ; le gouvernement de l'Ontario espère éponger une partie de son déficit en inaugurant de nouvelles maisons de jeu et la capitale est dans la mire. L'idée n'est pas de savoir « si », mais « où »..., ce qui suscite un large débat à Ottawa : au centre-ville ou en périphérie ?

Et la Société des casinos du Québec n'allait pas sans mot dire laisser filer entre ses doigts sa substantielle clientèle ontarienne. Même si les finances publiques du Québec ne sont pas propices à des investissements majeurs dans des secteurs non urgents (lire ici : la santé et les infrastructures), le gouvernement libéral de Jean Charest a tout de même eu la sagesse d'esprit d'agir tout de suite afin de stopper ce qui pourrait être une hémorragie. La nomination de Gérard Bibeau comme nouveau patron à Loto-Québec, de qui relève la Société des casinos, ne serait pas non plus étrangère à cette décision : il aura sans doute voulu s'assurer que Québec validerait les projets d'infrastructure touristiques qu'il présenterait au ministre des Finances.

L'aspect financier du projet gatinois n'est pourtant pas étincelant : le directeur général du Casino du Lac-Leamy, Kevin Taylor, a parlé de 10 millions $ de revenus par année qui sont espérés de cette rénovation. C'est peu. La décision dépasse donc la question financière. Nous sommes devant une logique de marketing où le positionnement et le critère de la nouveauté priment sur le rendement... même si tout le monde espère aussi que les revenus se remettront à grimper.

La Société des casinos du Québec souhaite que l'on recommence à parler des casinos du Québec comme de belles destinations touristiques, et que, dans la communauté de gros joueurs, Montréal et Gatineau, tout particulièrement, redeviennent une destination de choix.

La compétition entre les maisons de jeu est aujourd'hui d'une férocité extrême. Les États qui permettaient le gambling étaient rarissimes, il y a 40 ans. Aujourd'hui, c'est l'inverse : presque tous les gouvernements le permettent à divers niveaux, ou ont des réserves autochtones qui l'offrent.

Le Casino du Lac-Leamy sévit aujourd'hui dans un environnement radicalement différent de celui de 1996. Il était temps de s'ajuster à la nouvelle réalité du marché des maisons de jeux.

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