Aux urnes!

Pierre Jury
Le Droit

Le gouvernement du Québec et les quatre associations qui représentent les étudiants en conflit à propos de la hausse des frais de scolarité négociaient depuis quatre jours. Tant qu'on se parlait, il y avait de l'espoir. Cet optimisme en a pris un coup, en fin d'après-midi, hier, avec le constat d'une « impasse ». Quoi d'autre maintenant que des élections pour en sortir ?

Les parties se sont retirées de la table de négociations. Toutes gardaient le silence depuis lundi avec la même entente de ne pas négocier sur la place publique. Hier, ce mot d'ordre a été levé et toutes ont tour à tour ventilé leur frustration - poliment, quand même - et exprimé publiquement les positions de chacun.

Le fossé demeure énorme. Les quatre journées de négociations ont humanisé tout le monde autour de la table, incluant le premier ministre Jean Charest qui y a passé 30 ou 50 minutes - selon les sources -, mais n'ont permis de faire que bien peu de chemin vers un accord.

D'un côté comme de l'autre, on a peu bougé. Le gouvernement a proposé de réduire un peu la hausse pour 2012-2013, une économie qu'il reprendrait par une réduction partielle du crédit d'impôts aux étudiants. Pour les années subséquentes, la hausse de 254 $ par an est maintenue. Les étudiants suggéraient de leur côté que l'État réduise les avantages du Régime épargne-études pour dégager les quelques dizaines de millions $ par an qui, selon eux, feraient la différence.

Effectivement, c'est l'impasse. Nous pouvons parler d'un fossé entre les parties respectives, ou à tout le moins d'une encore assez grande distance qui ne permet pas d'inciter les deux clans à se rasseoir pour franchir le dernier droit. Ce sprint n'en est pas un de 100 m, mais un épuisant 400 m haies, avec de hauts obstacles qui cassent le rythme.

Ce qui s'avère le plus inquiétant, c'est le dialogue de sourds qui ne semble pas s'estomper. Les étudiants parlent d'injustice, réclament à hauts cris et à coups de casseroles des mesures pour faciliter l'accessibilité aux études supérieures (et protester contre une loi 78 qui restreint indûment les libertés civiles). Le gouvernement banalise - un peu avec raison, le Québec n'est pas la Syrie ! -, refuse de faire d'autres aménagements que ceux auxquels il a déjà consenti. Des réformes qui sont pourtant loin d'être anodines : bonification du système de prêts et bourses, allégement du mécanisme de remboursement des prêts en fonction du revenu, relèvement du revenu familial au-dessus duquel l'aide financière cesse.

Les libéraux ont beau expliquer de toutes les manières que des dizaines de milliers d'étudiants ne verront jamais la hausse de frais en raison des mesures mises en place, cela tombe dans l'oreille d'un sourd. Gabriel Nadeau-Dubois répond plutôt que le Québec fait des choix de société en investissant dans le Grand Prix de Formule Un. Mais sait-il que la course automobile ne reçoit que 15 millions $ en subventions... dont seulement 4 millions $ de Québec ? Ce n'est pas ça qui ramènera le gel des frais de scolarité !

Mais la crédibilité du gouvernement est à zéro. Incluant celle du premier ministre qui ne réussit absolument pas à se faire convaincant auprès de centaines de milliers d'étudiants et de sympathisants aux quatre coins du Québec, incapable de se lever au-dessus du débat partisan (il ne manque pas une occasion de lancer une flèche au Parti québécois), à mettre au rancart son ton pointu qui semble narguer ses vis-à-vis. Et il faut se demander jusqu'à quel point il maîtrise son dossier alors qu'il a cafouillé sur quelques chiffres, lors de la conférence de presse qui a servi de bilan, hier. Devant un Québec qui suivait avec espoir, cela n'envoyait pas le bon message : le boss s'en fout !

L'appel de M. Charest à l'accalmie était un autre signe d'un gouvernement totalement déconnecté de « la rue ». Mais son allusion à des élections « d'ici 18 mois » semble bien l'une des ultimes issues. Nous peinons à voir comment étudiants et gouvernement pourront s'entendre maintenant, même si les canaux de communications demeurent ouverts.

Aux urnes ! En plein été s'il le faut. Pourquoi attendre ?

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