La réduction du nombre d'élus est un refrain connu pour quiconque s'intéresse à l'administration publique. Il est souvent prôné en vertu de mesures d'austérité budgétaire. Si 15 conseillers municipaux peuvent aussi bien faire le travail que 20, par exemple, alors réduire le nombre de cinq fera économiser des sous. Toujours racoleur comme idée.
La Ville d'Ottawa a récemment exploré l'idée, mais que très brièvement. La Ville de Gatineau aussi, pour finalement favoriser le statu quo. La province de l'Ontario, à l'époque du gouvernement conservateur de Mike Harris, a rétréci l'Assemblée législative de 130 à 103 sièges... entre autres pour que le nombre de circonscriptions provinciales et fédérales corresponde. Le Québec n'a pas bougé, tandis que la Chambre des communes augmente le nombre de ses députés au rythme de la hausse de la population canadienne.
Réduire le nombre d'élus est également une marotte des militants de la droite qui martèlent qu'il faut s'attaquer aux dépenses des gouvernements et que toutes les dépenses qui lui sont reliées sont mal avisées et devraient compter parmi les premières cibles de réduction. Il s'agit d'une position sans nuance, dogmatique et fort mal défendue. Et si nous poussions la logique un peu plus loin?
Si 15 élus valent mieux que 20, 10 conseillers devraient valoir mieux que 15. Et cinq, mieux que 10. Et ainsi de suite, jusqu'à ce que nous réalisions qu'une dictature vaut mieux qu'une démocratie. À la condition qu'elle soit éclairée et respectueuse, et que la seconde soit sclérosée et gaspilleuse.
À l'inverse, 25 conseillers valent-ils mieux que 20? Et 40, mieux que 25?
C'est ce qui prévaut à Toronto (44 élus) et Montréal (65 élus). Ça ne marche ni mieux, ni pire qu'ailleurs.
Entre les deux, nous pouvons ainsi conclure qu'il existe un nombre optimal d'élus à la table d'un conseil municipal, par exemple, et que ce nombre n'est pas coulé dans le ciment. C'est ainsi qu'on se retrouve avec des conseils de 10 élus dans certaines villes canadiennes et de 50 dans d'autres. Quel est ce nombre optimal? Difficile à dire. À la population locale de décider, comme elle vient de le faire à Ottawa. Certains en veulent plus, d'autres en veulent moins. La démocratie s'exprime.
Ottawa (23) et Gatineau (18) ont à peu près le même nombre de conseillers, mais affichent des populations fortement différentes (850000 vs 250000). Ottawa a cependant choisi d'outiller chaque conseiller d'un budget de 233880?$ pour l'embauche de personnel qui l'aidera à répondre aux demandes de ses commettants. Gatineau fournit un peu de personnel administratif et des bureaux ainsi qu'un budget discrétionnaire de 70000?$ qui a fait grand bruit cet hiver quand le conseiller Alain Riel a tenté de l'augmenter de 25000?$.
Si Ottawa avait décidé de réduire le nombre de conseillers, chacun des élus restants aurait demandé une augmentation de son budget de bureau pour répondre aux besoins d'une population de quartier plus importante. Et c'est là que nous constatons le non-sens d'une réduction des élus du peuple. La population préfère parler à la personne qu'elle a élue plutôt qu'à un de ses employés politiques. Parce qu'elle peut voter contre l'élu qui ne répond pas à ses besoins, mais pas contre l'employé politique.
Ottawa a donc pris la bonne décision en gardant plus d'élus, plutôt que de convertir cinq des jobs de conseillers municipaux, redevables à la population, en emplois de conseillers politiques, redevables à leurs patrons. Parce que voilà la finalité d'une réduction aveugle du nombre d'élus: une réduction du dialogue élu-population, une direction qui est toujours à éviter. C'est encore plus vrai au municipal.