Grèce

Sans espoir, la grisaille s'installe

Pierre Jury
Le Droit

Moins de 10 jours après les élections, la Grèce vient d'annoncer qu'elle replonge vers l'inconnu et tiendra de nouvelles élections générales dans un mois.

Les partis traditionnels qui s'échangeaient le pouvoir depuis 1974 sont aujourd'hui incapables de générer une majorité. Même ensemble, dans un effort de coalition improbable, cela a été impossible depuis que les Grecs se sont jetés dans les bras des tiers partis extrémistes de gauche et de droite. Parce qu'ils rejettent avec véhémence les plans d'austérité qui se succèdent. Résultat : les bourses européennes chancellent et ce qui ébranle l'Europe, dans l'ère de mondialisation nouvelle, risque d'avoir des conséquences jusqu'en Amérique.

Car derrière les bouleversements en Grèce se profilent les problèmes de la monnaie commune de l'Europe, l'euro.

Depuis 10 ans, 17 des 27 pays de l'Union européenne partagent l'euro. La Grèce est le plus petit partenaire de la zone euro et ses bases économiques reposent sur le tourisme, l'agriculture et le transport maritime. Les 17 devaient adhérer à des politiques économiques similaires - l'entente porte le nom de traité de Maastricht -, sans assez tenir compte que leurs économies étaient très différentes. Plus fragile, la Grèce a montré les premiers indices de vacillement. Ses dépenses gouvernementales étaient élevées, notamment pour la fonction publique et l'armée, en anticipation d'un conflit avec la Turquie. Elle avait offert des conditions avantageuses à ses retraités. Et elle éprouvait de la difficulté à encaisser en raison d'une évasion fiscale galopante. Le Québec se plaint avec les 3,5 milliards $ qui lui échappent ? En Grèce, on parle de 20 milliards $... pour une population à peine plus élevée.

Le tout s'est accumulé pour donner des déficits colossaux et une difficulté grandissante, à partir de 2010, à financer sa dette.

L'Union européenne a accepté de venir à la rescousse... D'abord, 110 milliards d'euros en prêts, puis 130 milliards de plus. À chaque fois, en serrant les conditions : réduction des dépenses de l'État, hausse des impôts, etc. L'effet de ces compressions, au lieu d'aider à sortir de la récession amorcée en 2008, a plutôt envenimé la situation. La population est sortie dans la rue et, aux élections anticipées tenues au début du mois, elle a signifié une fin de non-recevoir aux partis qui avaient appuyé les plans de restructuration de la dette grecque. Et s'est jetée par désespoir dans les bras des partis qui veulent lutter contre l'austérité incarnée par l'Allemagne et sa puissante économie, ainsi que par les autres partenaires de l'Union européenne, le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne.

Appuyer les mesures d'austérité semblait la voie à suivre en 2010 et en 2011. Mais l'impasse totale dans laquelle se retrouve la population grecque aujourd'hui illustre bien que l'économie n'est pas un concept désincarné et que le facteur humain doit faire partie de l'équation. Depuis la récession de 2008, les perspectives d'avenir des Grecs sont lugubres. Chez les jeunes, le taux de chômage a franchi les 50 %. Un gouvernement peut peut-être convaincre sa population que de profonds sacrifices sont nécessaires. Mais ces efforts doivent être limités dans le temps : deux ans, trois ans peut-être. Au-delà, les gens doivent voir une lueur d'espoir, peu importe l'ampleur des bévues de leurs gouvernements passés.

La population, particulièrement les plus jeunes et les plus éduqués, quitte la Grèce, accentuant ses difficultés.

Quant à l'abandon de l'euro pour revenir au vieux drachme, cela s'avère une voie tout aussi périlleuse que les plans qui ne dictent que d'encore se serrer la ceinture. Sans compter que la grippe grecque est fortement contagieuse pour l'Italie, l'Espagne et d'autres.

En France, le nouveau président François Hollande promet un plan pour redémarrer la croissance, pas seulement réduire les dépenses. Car il faut redonner espoir à la population : les mesures d'austérité ne suffisent pas. Le message en ce sens est aujourd'hui limpide. Toute voie qui en fait abstraction mène au chaos comme en Grèce.

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