Hier, les leaders de la CLASSE ont fait savoir qu'ils déchiraient l'entente signée la fin de semaine dernière avec le gouvernement. Ils promettent un retour en force des coups d'éclat et d'être encore dans la rue pour manifester leur désaccord, ce qui n'est ni réjouissant ni rassurant. Ils ouvrent la porte à une éventuelle reprise des négociations en autant qu'elles portent uniquement sur la hausse des droits de scolarité.
Aujourd'hui, devant l'impasse de la situation et malgré sa promesse de fermeté vis-à-vis du dégel des droits de scolarité, le premier ministre Charest doit marcher sur son orgueil et se rendre à l'évidence: il n'y aura aucun compromis acceptable aux yeux des étudiants contestataires, à commencer par leurs leaders.
Seul un moratoire nous apparaît comme la porte de sortie acceptable à tous. Aux étudiants qui pourront reprendre leurs cours et réaliser en cinq semaines ce qui devait en prendre une quinzaine; au gouvernement Charest qui a perdu le contrôle de la situation; et aux leaders étudiants qui n'ont visiblement plus d'influence sur leurs troupes. L'aveu du président de la Fédération étudiante collégiale du Québec, Léo Bureau-Blouin, qui a admis avoir «sous-estimé la détermination de ses troupes», est éloquent à cet égard.
La désobéissance civile doit cesser, le Québec doit respirer. Jean Charest doit reporter dans le temps sa volonté de hausser les droits de scolarité. Il doit créer ce conseil provisoire - et pourquoi pas permanent? - des universités afin de dégager des consensus. D'autant plus que l'électorat sera appelé à trancher au mieux en juin prochain, au pire en décembre 2013.
Dans cette rubrique, hier, nous invitions les deux parties à se rasseoir à une même table et à reprendre les discussions à la case départ. Cette solution, compte tenu du fossé qui sépare le gouvernement, les leaders étudiants et leurs membres toujours déterminés, est manifestement vouée à l'échec. Le temps a fait son oeuvre, la CLASSE a parlé et le compte à rebours est beaucoup trop avancé pour qu'une quelconque tentative de médiation ou de négociations puisse à tout le moins sauver le trimestre scolaire. Car c'est aussi de ça dont il est question présentement.
Certains commentateurs ont reproché au premier ministre de s'être présenté, hier, devant l'Union des municipalités du Québec, en congrès à Gatineau. Motif: sa présence, dans le contexte de la crise étudiante, n'était qu'un geste de provocation qui aurait pu conduire à des débordements de violence comme à Montréal, Victoriaville et, dans une moindre mesure, à l'Université du Québec en Outaouais.
Il ne faut pas sombrer dans le délire. Le premier ministre a le devoir de s'adresser aux élus municipaux, surtout que ceux-ci traversent une période trouble en raison des odeurs de corruption et de collusion qui égratignent certains d'entre eux. Tout comme il a le devoir de s'adresser aux travailleurs, syndiqués ou pas, aux chefs d'entreprises, aux personnes âgées, aux gens malades.
Depuis février, seul le dossier des droits de scolarité retient l'attention des Québécois et de son gouvernement. Exit les chicanes fédérale-provinciales, la Commission Charbonneau, l'avenir de l'industrie forestière, le Plan Nord, les gaz de schiste, l'intimidation scolaire et tutti quanti. Les Québécois n'en ont plus que pour les verts, les rouges et les policiers de l'escouade anti-émeute.
Il est temps de passer à autre chose, pour le moment.