S'il n'est pas nouveau, ce constat que dresse le Conseil économique régional de l'Outaouais (CÉRO) n'en est pas moins alarmant. Surtout, ajoutons-nous, qu'il est exacerbé par les efforts de réduction des dépenses de l'État, comme le fait présentement et le fera au cours des trois prochaines années le gouvernement conservateur du premier ministre Harper.
Or, les leçons du passé n'ont rien de rassurant à cet égard. Force est d'admettre que la douloureuse ronde de réductions de personnel du milieu des années 1990, alors qu'environ 45 000 emplois de fonctionnaires fédéraux ont disparu, n'est pas un exemple à suivre.
Malgré quelques réussites d'affaires, malgré certaines initiatives gouvernementales visant à stimuler l'entrepreneuriat, et malgré les mesures fiscales avantageuses consenties par le programme québécois des Centres de développement des technologies de l'information (CDTI), l'Outaouais n'a pas su, à l'époque, profiter de l'occasion qui lui était offerte pour diversifier son économie. Et rien ne dit qu'elle le fera aujourd'hui.
C'est dans cette perspective que le travail de recherches et de réflexion du CÉRO prend toute son importance, et ce, dans l'espoir de voir la communauté d'affaires de l'Outaouais réagir afin de ne pas répéter le même modèle d'attentisme la prochaine fois.
Si l'intention du CÉRO est fort louable, force est de constater qu'on ne donne pas naissance à un esprit entrepreneurial d'un coup de baguette magique. Contrairement aux Beaucerons qui semblent avoir cet esprit inscrit à même leur code génétique, celui des habitants de l'Outaouais doit être stimulé par des gestes concrets en provenance des gouvernements et voulu des milieux d'affaires.
Le travail sera ardu. Tous les indicateurs de l'évolution de l'entrepreneuriat en Outaouais, nous disent les études commandées par le CÉRO, font piètre figure. L'Outaouais a produit moins de richesse par habitant que la moyenne québécoise et se situe en 14e position parmi les 17 régions administratives du Québec en ce qui a trait à cet indicateur. L'Outaouais est la région au Québec qui exporte le moins, après la Gaspésie. Alors que l'Outaouais bénéficie de ressources relativement importantes pour produire des connaissances, la commercialisation des inventions produites par ses résidents est minimale, notamment en technologies de l'information et des communications. Le nombre important de personnes en situation de précarité dans l'Outaouais est très inquiétant. Le transport demeure toujours une grande préoccupation pour la région. L'autoroute 50 n'est toujours pas terminée et le transport ferroviaire ne dessert l'Outaouais qu'à partir de Masson. Cette situation rend difficile l'accès économique au port de Montréal, à Toronto et à New York, ce qui explique en grande partie le manque d'intérêt des grandes entreprises de s'installer dans la région.
Et pour assurer à l'Outaouais une santé économique à long terme, continue le CÉRO, il faut investir massivement dans le système d'éducation qui constituera en quelque sorte sa planche de salut. L'Outaouais fait figure de parent pauvre en matière de dépenses en immobilisations dans son système scolaire. À ce chapitre, seules trois régions du Québec, à savoir la Côte-Nord, la Gaspésie et le Nord-du-Québec, ont moins dépensé que l'Outaouais en 2010. Cette sous-performance s'explique certes par l'attrait qu'exercent les institutions d'enseignement supérieur ontariennes sur les étudiants de l'Outaouais.
Les causes sont connues et le diagnostic est tombé. Reste à voir si l'Outaouais, dans un contexte de réduction des dépenses gouvernementales, sombrera encore une fois dans un profond sommeil ou si elle saura tirer profit d'une situation qui, à première vue, est néfaste à sa vitalité économique.