Le maire doit-il être bilingue ?

Pierre Jury
Le Droit

Le prochain maire doit-il être bilingue ? La question a souvent été entendue à Ottawa. Mais ce n'est pas d'Ottawa dont il s'agit, où les interrogations sur la place de la langue française sont monnaie courante.

Étonnamment, c'est à Montréal où le débat fait rage. Parce que la candidate Louise Harel, vient-on de réaliser dans les officines municipales, ne parle pas anglais. Oh, un peu, de quoi répondre à certaines questions. Mais certainement pas suffisamment pour tenir un débat dans la langue de Shakespeare.

Ce n'est pas un secret, car elle l'admet elle-même. « À l'évidence, je peux faire des entrevues en anglais, a affirmé Mme Harel. Un débat, dans un contexte antagonisé, c'est autre chose. »

Découle donc le débat sur l'à-propos du futur maire (ou de la future mairesse) d'avoir une bonne connaissance de l'anglais.

La question n'est pas qu'hypothétique. Les médias électroniques CTV, CBC et CJAD ont déjà émis le souhait de tenir des débats avec les candidats. Cela ne pose pas problème pour le maire sortant Gérald Tremblay, ni pour le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron.

Une solution mitoyenne aurait pu être acceptable : celle pour le parti de Mme Harel, Vision Montréal, de déléguer son lieutenant, Benoît Labonté. Évidemment que ses adversaires n'ont rien voulu entendre d'une telle solution de compromis. Cela leur permet de mettre un doute sur le dos de Louise Harel et de sa capacité à rejoindre l'électorat anglophone et tous ceux qui, peu importe leur langue d'usage, croient que la métropole devrait être dirigée par une personne capable de parler dans les deux langues officielles du pays.

L'unilinguisme fonctionnel de Mme Harel ne faisait pas problème du temps qu'elle siégeait comme députée à l'Assemblée nationale, ni même dans ses fonctions de ministre. Rappelons qu'elle a dirigé trois portefeuilles : Immigration et Communautés culturelles, dans le gouvernement de René Lévesque ; l'Emploi, sous Jacques Parizeau ; puis Affaires municipales, sous Lucien Bouchard. La langue officielle du Québec est le français et il aurait été impensable d'exiger le bilinguisme d'une de ses principales dirigeantes : question de principe.

Mais pour Montréal, c'est différent.

D'autant plus que Louise Harel domine la course électorale, selon certains sondages. Elle pourrait fort bien l'emporter, lors de l'élection du 1er novembre.

Les anglophones représentent 12,5 % de la population de Montréal. Ils souhaitent que la personne qui dirigera la ville puisse leur parler dans leur langue.

Vu de l'Ontario, ce voeu de la population anglophone est tout à fait légitime. Les Franco-Ontariens qui habitent Ottawa espèrent toujours, élection après élection, que ce sera leur cas aussi. Et, de façon générale, les maires d'Ottawa ont toujours fait un effort pour communiquer avec leurs commettants francophones.

Plusieurs personnes bilingues ont occupé le premier poste municipal. Plusieurs unilingues aussi. De rares francophones, dont le premier, Eugène Martineau, en 1872-1873, et le dernier, Marc Laviolette, par intérim en 1991. Entre eux, notons Pierre Benoît, entre 1972 et 1974, E. A. Bourque, à la fin des années 1940, Napoléon Champagne, en 1908 et 1924, et Olivier Durocher, en 1892-1893.

Mais la connaissance du français ne figure pas parmi les qualités du présent maire, Larry O'Brien. Il a remporté la course à la mairie en 2006 malgré cela et s'il devait être battu à l'élection de novembre 2010 - s'il est encore candidat -, cela ne devrait pas être en raison de cette ignorance mais pour d'autres raisons, comme sa promesse non tenue de geler les impôts fonciers à Ottawa pendant tout son mandat. Il est passé proche la première année (0,9 %) et a raté la cible par la suite. Tout indique que ce sera le cas encore pour 2010.

Le bilinguisme du maire vaut son prix. Mais plus important s'avère la capacité du gouvernement municipal à offrir des services à sa minorité linguistique. La situation évolue à Ottawa - lentement selon certains - mais ne fait pas de doute à Montréal.

Que Louise Harel soit unilingue n'y changerait pas grand-chose, en bout de ligne.

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